V. Saint-Simon, t. Il, c. xxiv
obligeât à ne plus tant désirer ce qui se trouvait sujet à tant de recherches et à de si tristes décadences. Je ne sais si vous profiterez de cette leçon ; mais malheur à ceux pour qui ce dernier remède de la miséricorde et de la sagesse divines n^aura d'autre effet que d'exciter leurs murmures et de les jeter dans le désespoir I Vous m'entendez, et il n'est pas nécessaire ifae je m'explique davantage *. »
Malheureusement « cette leçon » n'était pas asse^ générale ni assez fréquemment renouvelée pour qu'on en profitât. Beaucoup, c'étaient les plus habiles, mais non les moins coupables, jouissaient sans trouble de leurs bénéfices malhonnêtes. Le surintendant Maisons, à la nouvelle qu'on lui enlevait les finances, pouvait dire avec un tranquille cynisme : « Ils ont tort, car j'ai fait mes affaires et j'allais faire les leurs ^ » Ces exemples heureux prévalaient contre les exemples contraires et sollicitaient les convoitises.
Ces convoitises n'étaient pas particulières aux flnancien de profession, o Faire fortune est une si belle chose, écrivait La Bruyère, qu'elle est d'un usage universel... Elle règne à la cour et à la ville... Il n'y a point de lieux sacrés où elle n'ait pénétré, point de désert ni de solitude oit elle soit inconnue ^ » Bourdaloue s'adressait donc à bien d'autres qu'aux traitants et aux maltôtiers, lorsquCi commentant à l'usage de son auditoire le vers d'Horace : Rem^ st'possis^ recte; si non, quocunqtte modo^ rem^ il disait :
a Ma douleur est que ces paroles, prises dans tonte leur énergie, conviennent encore aujourd'hui à un million de chrétiens, qui semblent n'avoir point d'autre religion que celle-là : Aem, si possis, recte; si non, quocunque modo, rem *. »
1. Dominicales. 22^ dim. ap. la Pentecôte, sur la Restitution, i^ partie, t. VII, p. 285.