‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 250 sur 341 · LE JEU AU XVI1« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE JEU AU XVI1« SIÈCLE

vait, disait-il, « trop fortement combattre ^ » Le jeu, dans la haute société du dix-septième siècle, était effréné. « Les pertes de cent mille écus sont communes, écrit un contemporain. Le jour de Noël, madame de Montespan perdit sept cent mille écus; elle joua sur trois cartes cent cinquante mille pistoles et les gagna. Et à ce jeu-là on peut perdre ou gagner cinquante ou soixante fois en un quart d'heure '. » Bourdaloue, on le voit, avait raison de nous dire que la passion du jeu n'était pas étrangère aux femmes. Et ce n'était pas seulement la prodigue favorite qui s'y livrait avec cette fureur. La pieuse Marie-Thérèse ne restait pas en arrière, et quelquefois en oubliait la messe ^. Le portrait de la femme joueuse avait sa place dans la X* satire de Boileau. Les hommes y mettaient peut-être moins d'emportement, mais plus de calcul. D'immenses fortunes, celles de Dangeau, de Langlée *, s'étaient faites et se soutenaient par le jeu. Mais ces gains énormes supposent bien des catastrophes. Le désespoir et le suicide furent plus d'une fois la conséquence de pertes exorbitantes ^. Des personnages, autrefois riches, se voyaient forcés de quitter la cour, et d'aller cacher leur ruine au fond d'une province ®. En 1678, le propre frère du roi perdit cent mille écus et dut mettre toutes ses pierreries en ^age \ Quelquefois Louis XIV « paraissait fâché de ces îxcès ', » qui, à la fin du siècle, Bourdaloue lui-même le

1. Dominicales. 3® dim. ap. Pâques, sur les Divertissements dik nonde, 2« partie, t. V, p. 327.

2. Lettres inédites des FeuquièreSy IV, 277; cité par P. Clément, la ^olice sous Louis XIV^ p. 83. — D'après Testimation de P. Clément, bid.y la pistole (10 livres), valait de 40 à 50 francs de nos jours. Maauie de Montespan aurait donc risqué sur trois cartes plus de 6 milions 500 mille francs de notre monnaie I

3. « La reine perdit l'autre jour la messe et vingt mille écus avant lidi. )> Madame de Sévigné, lettre du 24 novembre 1675.

4. Saint-Simon, t. I, c. xxii, p, 358; t. II, c. xxiii, p. 385, etc...

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