‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 253 sur 341 · Saint-Simon, t. V, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. V, p

sance, le comte de Glemiont-Lodève, marquis de Gessee, maître de la garde-robe du roi, était chassé honteusement, convaincu d'avoir volé au jeu, et, ce qui paraîtra plu étrange encore, c'est qu'après un court exil il reparaissait à la cour ^ L'art de piper ^ cultivé avec succès par Mazariir'i était devenu si commun, qu'un gain considérable était toujours suspect. (( Il eut le bonheur de n'être jamais soupçonné^,» dit Saint-Simon en parlant des gros bénéfices de Dangeau, comme si n'être point soupçonné passait ponr une rare bonne fortune.

« ...De là, continue Bourdaloue, les emportements et les désespoirs dans la perte,... de là les colères et les transports, les blasphèmes et les imprécations ^... »

Il est vrai que ces éclats sont malséants, et qu'on se pique d'être beau joueur; Bourdaloue le sait.

« Je n'ignore pas ce que la politesse du siècle vous a là* dessus appris, que sous un froid affecté et sous un air de dégagement et de liberté prétendue, elle vous enseigne à cacher tous ces sentiments et à les déguiser; qu'en cela consiste on da premiers mérites du jeu, et que c'est ce qui en fait la plus belle réputation 8. »

Mais beaucoup n'avaient point cet empire sur euxmêmes. M. d'Heudicourt, « toujours piqué et furieux... qui faisait de brusques reculades de son tabouret à renverser ce qui l'importunait derrière et leur casser lee jambes ^, » n'était pas seul de son espèce. Madame, chaque jour témoin de scènes semblables, en traçait cette vive peinture, pleinement conforme aux paroles de Bourdaloue:

Page 1