Don Juanj acte IV, se. m
chands, ou même de riches marchands, mais qai, de ridie qu'ils étaient, tombent dans la pauvreté, parce qu'on les laisse trop longtemps attendre;... la loi de Dieu veut que cette espèce d'aumône ait le premier rang, et c'est par là qu'il faut commencer. Mais, avouons-le, chrétiens, c'est une morale que bien des riches du monde ne veulent pas entendre aujourd'hui. Yons le savez : on traite ce marchand, cet artisan qui fait quelque instance, de fâcheux et d'importun; on le fait languir des années entières ; et après bien des remises, qui Tont peutrdtie à demi ruiné, on lui donne à regret ce qui lui est le plus légitimement acquis, comme si c'était une grâce qu'on lui accordât, et non une dette dont on s'acquittât. Combien méma en usent de la sorte par une politique d'intérêt, voulant paraître incommodés dans leurs affaires, et cacher leur état aux yeux des hommes, mais sans le pouvoir cacher aux yeux de Dieu M »
Ne nous étonnons donc pas que, dans Toraison funèbre de Henri de Bourbon, Bourdaloue fasse un grand mérite à son héros d'avoir accompli ce devoir élémentaire : oe premier prince du sang payait ses dettes. Et le panégyriste a soin d'ajouter :
« Écoutez, grands, et instruisez-vous d'un devoir que quelques-uns goûtent si peu 2.
Les prédicateurs se 'croyaient obligés de rappeler souvent l'indispensable devoir de la restitution, et cette matière était, à ce qu'il semble, particulièrement désagréable à beaucoup d'hommes de qualité. Madame de Sévigné, que les excessives dépenses de sa fille et de son gendre in* quiétaient à bon droit, écrivait à madame de Grignan, sur un ton de plaisanterie qui adoucissait, mais laissent voir le conseil : u II est venu ici un P. Morel, de l'Oratoire, qui
i. Carême. Premier vendredi, sur t Aumône, 3« partie, L 11, p. 135-136.
2. Or. l'un, de Henri de Bourbon, prince de Candi, 3« partie, t. XIII, p. 313.