L'OISIVETÉ ET LA VIE DE COUR
n'est pas assez : plus loin, Bourdaloue revient encore et avec plus de précision sur cette objection tirée de la condition et de la naissance.
a Mais je suis d'une qualité et dans une élévation où le travail ne me convient pas. Quelle conséquence! Parce que vous êtes grand selon le monde, en êtes- vous moins pécheur, et l'éclat de votre dignité efface-t-il la tache de votre origine * ? »
Et commentant les paroles que saint Bernard adressait autrefois « à un grand pape, l'instruisant sur cette matière » , Bourdaloue proclame « pour les grands comme pour les autres l'indispensable obligation d'une vie agissante et laborieuse. »
On voit que, par la manière dont il aborde et traite ce sujet de l'Oisiveté, Bourdaloue frappe l'erreur la plus enracinée de l'ancien régime, la plus inhérente à la constitution même de la société ; car ce mépris de la loi divine et universelle du travail, c'est « le péché d'un nombre infini de personnes qui ne sont, à ce qu'il paraît, sur la terre, que pour y recevoir les tributs du travail d'éfutrui, sans jamais payer du leur; qui n'ont point d'autre emploi dans leur condition que de jouir des commodités, des aises et des douceurs de la vie;... enfin de qui l'on peut dire : In labore hominum non sunt^ parce qu'il semble, à les voir, que la loi ne soit pas pour eux, et qu'ils ne soient pas compris dans la masse commune du genre humain 2. »
Ce droit à l'oisiveté trouvait pleine satisfaction dans la vie de cour. On imagine difficilement dans quelles frivolités les courtisans et tous ceux qui se piquaient de les prendre pour modèles consumaient leurs jours. Bourdaloue nous esquisse le tableau de ces existences inutiles et vides.
a Un homme du monde, tel qu'à la confusion de notre
1. Dominicales. Dirn. de la Septuagésime, l'« partie, p. 201-202.