PROMENADES ET TOILETTES
« Qu'auraient-ils dit de ces promenades dont tout Tagrément consiste dans l'appareil et dans le faste ; de ces promenades pour lesquelles on se dispose comme pour le bal, et où Ton apporte le même esprit et le même luxe ; de ces promenades changées en comédies publiques, où chacun, acteur et spectateur lout à la fois, vient jouer son rôle et faire son personnage? Qu'auraient-ils dit de ces promenades dérobées, où le hasard en apparence, mais un hasard en effet bien ménagé et bien prémédité, fait de prétendues rencontres et de vrais rendez-vous? Qu'auraient-ils dit de ces promenades?... Je ne m'explique point, mes chers auditeurs, et je dois ce respect au saint lieu où nous sommes assemblés. Tel e-t le désordre, que la pudeur même m'oblige de le taire, et qu'on ne peut mieux vous le reprocher que par le silence *. »
Quel est donc ce dernier scandale qui fait reculer même la hardiesse de Bourdaloue? La Bruyère va peutêtre nous expliquer l'allusion.
« Tout le monde connaît cette longue levée qui borde et qui resserre le lit de la Seine, du côté où elle entre à Paris avec la Marne qu'elle vient de recevoir: les hommes s*y baignent au pied pendant les chaleurs de la canicule ; on les voit de fort près se jeter dans Teau; on les voit sortir; c'est un amusement. Quand cette saison n'est pas venue, les femmes de la ville ne s'y promènent pas encore; et quand elle est passée, elles ne s'y promènent plus *. »
Bourdaloue ne pouvait, on le comprend, ni se taire tout à fait, ni s'expliquer ouvertement sur cet étrange symptôme de la dépravation contemporaine. Les toilettes et les modes des femmes, ce signe rarement trompeur de l'état des mœurs publiques, n'étaient point faites pourras-