LA GALANTERIE
temps de Louis XIII, et principalement sous les auspices de la marquise de Rambouillet, n'avait pas exercé une influence aussi salutaire et aussi morale q.ue beaucoup se plaisent encore à le croire. Peu à peu les femmes avaient perdu les habitudes de retenue et de réserve qui assuraient leur propre vertu en imposant aux hommes le respect. Sans doute la galanterie platonique
Du commerce des sens nette et débarrassée i.
ne fut point une chimère pour Tincomparable Arthénice ou pour la vertueuse Julie. Mais cet art d'épurer l'amour, cette combinaison savante de la passion et du devoir, ne pouvait être que le secret de quelques femmes d'élite. Pour le commun des mortels, il ne résulta de toutes ces belles imaginations que plus de hardiesse des hommes à se déclarer, et plus de complaisance des femmes à les entendre. Les plus vertueuses mirent leur gloire à avoir des adorateurs et à ne les plus craindre. On ne rougit plus d'être visitée, poursuivie, courtisée, d'accorder de longs entretiens dont l'apparente innocence augmentait les périls. Dans l'atmosphère voluptueuse de la cour, quand le devoir fut plus faible et la sensualité plus forte, quand des exemples venus de haut semblèrent excuser les fautes et ennoblir les chutes, ces assiduités qu'autorisaient les mœurs nouvelles donnèrent libre accès à la licence. Les Précieuses se piquaient de faire la loi à leurs « vainqueurs; » mais il n'est pas dans la nature que le vainqueur subisse les conditions, et l'on cessa bientôt de les lui imposer. De même que l'influence des ruelles, salutaire dans le principe au développement des lettres et de l'esprit français, profita plus tard au mauvais goût, de même le commerce habituel des hommes et des femmes, d'abord sans autre conséquence que de polir les mœurs et non de les corrompre, facilita ensuite les liaisons sensuelles et coupables. Cette double altération se traduisit dans la langue : le mot