‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 27 sur 341 · Essai (VOdave du Saint-Saa^ement^ t. XV, p. 429 sqq · texte numérisé non relu

Essai (VOdave du Saint-Saa^ement^ t. XV, p. 429 sqq

4. Le P. Bretonneau a cité cette lettre tout entière dans sa Préface.

Il prêcha son dernier sermon un des premiers jours de mai 1704, dans un couvent, pour une prise d'habit.

Le dimanche de la Pentecôte, 11 mai, il dit encore la messe. Le soir il tomba malade. Il jugea aussitôt que la maladie serait courte et mortelle. « Il faut maintenant, dit-il, que je fasse ce que j'ai tant de fois prêché et conseillé aux autres. » 11 demanda les sacrements, les reçut avec une grande piété, et témoigna à plusieurs reprises par des paroles toutes saintes le grand amour de Dieu qui l'animait. Le lundi soir, il perdit connaissance, et le lendemain, mardi 13 mai, à cinq heures du matin, il expira.

Sa fin couronnait dignement sa vie. Voué à l'état religieux depuis cinquante-six ans, et depuis plus de quarante au ministère de la parole, il mourait épuisé par la prédication et victime de l'obéissance ^

1. Il a été fait deux portraits de Bourdaloue : l'un, peint par mademoiselle Ghéron, et gravé par Rochefort, .quand le célèbre jésuite était encore jeune; l'autre, peint par Jouvenet après la mort de Bourdaloue, et gravé par Simonneau. Ce dernier est le plus connu. C'est celui qui fut envoyé par la présidente de Lamoignon à Boileau. C'est celui qui se trouve en tête du premier volume des (ïluvres de Bourdaloue, publié par le P. Bretonneau en 1707. On lit au-dessous ce verset du psaume 118 : Loquebar de testimoniis tuis in conspectu regum, Et meditabar in mandatis tuis, Bourdaloue est représenté assis, auprès d'une bibliothèque, les yeux fermés, les mains jointes et posées sur un in-folio ouvert. Il est évident que le peintre, n'ayant d'autre modèle qu'un visage inanimé, n'apas voulu représenter l'homme de parole, mais l'homme de méditation, et que c'est la seconde partie du verset, meditabar in mandatis tuis, qui est réalisée dans le portrait. La figure est plutôt maigre, le nez fin et long; des cheveux qui s'entremêlent librement couvrent en partie, sans le cacher, un front haut et large; la bouche mince et un peu serrée semble sourire légèrement; la physionomie est grave, bienveillante et fine. L'artiste paraît avoir bien saisi cet instant fugitif, mais consolant après les saintes morts, où les contractions de l'agonie ont disparu, où la décomposition suprême n'apparaît pas encore, et où les traits reposés reprennent leur expression habituelle, dernière et passagère empreinte que l'âme semble laisser, comme un adieu, au visage qu'elle animait.

§ II. Bibliographie.

Après avoir rappelé ce que nous savons de la vie et du caractère de Bourdaloue, il faut faire en quelques mots rhistoire de ses œuyres.

Donnons d'abord le relevé complet des diverses stations prêchées par Bourdaloue à la cour et dans les paroisses de Paris, depuis ses premiers sermons à l'église de la Maison professe jusqu'à sa mort ^

Bourdaloue prêcha :

En 1669, l'Avent à l'église de la Maison professe;

En 1670, les dimanches de Carême à la même église, l'Avent à la cour ;

En 1671, le Carême à Notre-Dame, l'Avent à Saint- Jean-en-Grève;

En 1672, le Carême à la cour;

En 1673, le Carême à Saint-Eustache ;

En 1674, le Carême à la cour;

En 1675, le Carême à Saint-Germain -l'Auxcrrois;

En 1676, le Carême à la cour, l'Avent à Saint-Gervais;

En 1677, il n'est désigné pour aucune paroisse;

En 1678, il prêche le Carême à Saint-Sulpice;

En 1679, le Carême à Saint-Jacques-la-Boucherie;

En 1680,. le Carême à la cour;

En 1681, le Carême à Saint-Germain-l'Auxerrois;

En 1682, le Carême à la cour;

1. Nous donnons ce relevé d'après la Liste véritable et générale fie tous les prédicateurs (1646-1700), souvent confirmée par les témoignages du temps, notamment par madame de Sévigné et par Daugeau.

En 1683, le Carême à Saint-Paul;

En 1684, TA vent à la cour;

En 1685, le Carême à Saint-Roch, TAvent à Montpellier;

En 1686, le Carême à Montpellier, TA vent à la cour;

En 1687, Bourdaloue n'est désigné pour aucune paroisse ;

En 1688, il prêche le Carême à Saint-Eustache ;

En 1689, nous savons par le Journal de Dangeau qu'il prêcha le 2 février, jour de la Purification^ devant le roi, et par la Liste des prédicateurs qu'il dut prêcher tout le mois d'août « jusqu'à la Notre-Dame de septembre, » à l'église des jésuites; cette même année, il prêche l'Avent à la cour;

En 1690, il prêche l'Avent à Saint-Nicolas-des-Champs;

En 1691, l'Avent à la cour;

En 1692, le Carême à la Salpêtrière, l'Avent à Saint- Paul ;

En 1693, l'Avent à la cour;

En 1694, il n'est désigné pour aucune paroisse;

En 1695, il prêche les mercredis de Carême à Saint- Germain-en-Laye, « devant LL. MM. Britanniques; » l'Avent à Saint-André-des-Arcs;

En 1696, il n'est désigné pour aucune paroisse;

En 1697, il prêche l'Avent à la cour;

En 1698, on ne le voit encore désigné pour aucune paroisse ;

En 1699, il prêche le deuxième dimanche de Carême et le jour de Pâques aux Nouvelles Catholiques^ rue Neuve- Sainte-Anne, et, pendant l'Avent, le jour de la Conception et le jour de Noël aux Enfants rouges;

En 1700, on ne trouve aucune mention de Bourdaloue, ni pour le Carême, ni pour l'Avent * ;

1. Ces cinq années, 1687, 1694, 1696, 1698 et 1700, où Ton ne rencontre pas le nom de Bourdaloue dans la Liste des prédicateurs, sont peut-être celles où il alla prêcher en province des Dominicales. le est vrai que le P. Bretonneau dit qu'il n'alla ainsi en province qui

En 1701, il ouvre Toctave de l'Immaculée Gonceptioa î jeudi 8 décembre aux Recollettes de la rue du Bac;

En 1702, il prêche le dimanche de Qaasimodo à la Mercy rès l'hôtel de Guise; le premier dimanche de TA vent et î jour de Noël aux iVoMî;e//e5 Catholiques^ rue Sainte-Anne;

En 1703, il prêche le jour de l'Annonciation au Sang récieux^ rue de Vaugirard;

En 1704, le dimanche gras, pour les prières des qua-

ite heures, à Saint-Étienne-du-Mont.

On se souvient que Bourdaloue prêcha encore pour ne prise d'habit huit jours avant sa mort. Il fit, en outre, n grand nombre de sermons de charité, d'exhortations, 'instructions familières dont nous possédons plusieurs. nfîn nous savons qu'il allait souvent dans les provinces onner des sermons les dimanches ou les jours de fête. nl694, il prêcha à Meaux, dansl'église cathédrale de Bos- ?t, et le grand évêque, après l'avoir entendu, écrivait : Il nous a fait un sermon (|ui a ravi tout notre peuple t tout le diocèse * . » .

En résumé, Bourdaloue prêcha de 1669 à 1704 trente ations, presque toutes complètes, dont cinq Carêmes et ;pt Avents à la cour, sans parler de ses prédications antéeures et de tous les discours isolés qu'il prononça dans s intervalles de ces stations.

II nous reste de Bourdaloue :

1® Deux Avents^ contenant chacun six sermons, un our la fête de tous les Saints, quatre pour les quatre dilanches de la station, et un sermon de clôture prononcé I jour de la Nativité. Tous les sermons des deux Avents at été prêches devant le roi ;

natre années depuis son retour à Paris. Mais on peut supposer ins invraisemblance qu'il y eut aussi une année consacrée au repos. 1. Lettre de Bossuet à madame d'Albert de Luynes, religieuse de juarre. Cette lettre est datée du 4 août 1694, et se trouve au )me XXXIX, p. 280 des Œuvres com^Jètes de Bossuet, édition de ersaiUes. V. aussi le Santolinna publié par M. Dinouart, Paris, 764, p. 102.

2° Un Carême^ comprenant .trente-cinq sermons, dont quinze furent prononcés devant le roi, trois devant la reine, et un devant Monsieur, frère du roi ;

3° Un recueil intitulé Dominicales^ c'est-à-dire sermons pour tous les dimanches de Tannée, excepté ceux de l'Avent et du Carême, ainsi que les dimanches de Pâques, de Quasimodo, delà Pentecôte, de la Trinité et du Saint-Sacrement. Le recueil des Dominicales se termine dans quelques éditions par une homélie sur l évangile de V Aveugle-né y qui est celui du mercredi de la quatrième semaine de carême : en tout, trente-huit sermons ;

4° Vingt-trois sermons sur les Mystères^ auxquels est joint un sermon pour t ouverture du Jubilé àQ 1700;

5° Des Panégyriques^ ou plutôt des sermons pour la fête des plus grands saints de l'Église, au nombre de seize ;

6° Six sermons sur l'état religieux, prononcés pour des vêtures ;

7° Deux Oraisons funèbres^ celle de Henri II de Bourbon, . prince de Gondé, et celle du grand Condé, son fils ; on réunit ordinairement aux deux oraisons funèbres un fragment de sermon où Bourdaloue fait Téloge du président de Lamoignon, son ami, qui venait de mourir, et un panégyrique inachevé de saint Benoît , que Bourdaloue avait préparé pour une communauté de Bénédictines.

8° Vingt-deux Exhortations^ dont sept sont des sermons de charité, cinq sont destinées à des religieux ou à des ecclésiastiques, et les autres ont pour sujet les principales circonstances de la Passion de Jésus-Christ ;

9° Douze Instructions^ contenant des avis spirituels et des règles de conduite que Bourdaloue donna à diverses personnes qui le consultaient ou qui s'étaient mises sous sa direction ;

10° Des Pensées sur divers sujets de religion et de morale. Elles sont divisées en neuf articles; dans chaque article se trouvent d'abord des morceaux assez étendus qui formentcomme plusieurs chapitres, puis des Pensées détachées, se rapportant au sujet de l'article.

11° Un Essai d'Â vent j resté inachevé, mais qui devait

e très-complet, car il comprend des desseins de sermons

our tous les jours de TAvent, et un Essai d'Octave du

'aint- Sacrement^ comprenant aussi des desseins de sermons

our tous les jours de cette octave;

12° Une Retraite spirituelle à l'usage des communautés iligieuses, comprenant une Méditation pour la veille de la îtraite, et, pour chacun des huit jours de cette même refaite, trois Méditations suivies d'une Considération,

Cet ensemble, déjà si vaste, embrasse-t-il tous les dis- 3urs que Bourdaloue a composés et prononcés dans sa

rière de prédicateur ? 11 suffirait, pour s'assurer du con- •aire, de comparer entre elles les deux listes que nous enons de dresser. Tune des stations prêchées par Bouraloue, l'autre des œuvres qui nous restent. Le P. Bremneau, son premier éditeur, déclare, il est vrai, qu'il onne « une édition complète des œuvres du P. Bouraloue, » et qu'il ne veut rien laisser perdre « d'un si riche mds. » Mais il faut entendre par là que le P. Bretonneau ublie tout ce qu'il a trouvé dans les papiers de Bourda-

e, c'est-à-dire tout ce que Bourdaloue avait conservé. lourdaloue, nous le savons encore par plusieurs témoinages contemporains *, se répétait souvent : on ne saurait éanmoins admettre que les discours qui nous sont parenus aient pu suffire à une prédication de plus de quaainte années consécutives '.

1. V. les lettres de madame de Sévigné du 1er avril 1671, da »' mai 1680, etc., et le mot de Louis XIV que nous avons déjà ité : « J'aime mieux vos redites que les nouveauté des autres. »

2. Cependant l'abbé Hurel l'admet dans son livre sur les Oramrs sacrés à la cour de Louis XIV, et cette erreur, qu'il pose en rincipe, en entraîne d'autres, ainsi que nous le verrons un peu lus loin.

D'ailleurs les écrivains du temps parlent expressément de plusieurs sermons de Bourdaloue que nous cherchons en vain dans ses œuvres. Par exemple, nous lisons dans le Journal de Dangeau, à la date du mercredi 25 décembre 1686, que Bourdaloue, à la fm de son sermon, fit un compliment au roi sur le rétablissement de sa santé ; « le plus touchant, ajoute Dangeau, et le plus pathétique que j'aie jamais entendu. » Or tous les sermons pour la fête de Noël que nous possédons contiennent le compliment d'usage au roi, et aucun de ces compliments n'a trait au rétablissement de sa santé. Le sermon prononcé par Bourdaloue le jour de Noël 1686 est donc perdu.

De même Saint-Simon nous apprend que, le jour de l'Annonciation de l'année 1697, le P. de La Rue, qui prêchait devant le roi, tonna contre le quiétisme, et que le même jour le P. Gaillard et le P. Bourdaloue firent de même dans les chaires de Paris qu'ils remplissaient. Voilà encore un sermon que nous n'avons pas. Il ne nous reste que deux sermons pour la fête de l'Annonciation, prêches tous deux devant le roi, dont aucun par conséquent ne date de 1697, puisque c'était le P. de La Rue qui prêchait à la cour cette année-là, et on ne saurait d'ailleurs trouver dans l'un ni dans l'autre de ces deux discours un seul mot qui puisse se rapporter au quiétisme.

Selon toute probabilité, Bourdaloue avait lui-même détruit ou laissé perdre un grand nombre de ses sermons; tout au plus en avait-il gardé quelques fragments à l'état de notes, que le P. Bretonneau a sans doute fait entrer dans le recueil dès Pensées,

Gomme les manuscrits de Bourdaloue nous manquent, il nous est impossible de savoir avec certitude si, à défaut de tous les discours de Bourdaloue, nous avons du moins le texte exact de cet orateur, ou si ce texte n'a pas subi ces altérations , ces prétendus embellissements qu'un éditeur posthume infligeait souvent à son auteur avec un zèle aussi bien intentionné que regrettable. Les lignes suivantes du P. Bretonneau donnent bien de l'inquiétude ; parlant

du travail que lui a coûté la publication des Pensées : « Tout [^ela, comnoe on le juge assez, dit-il, demandait que Téditeur mît un peu la main à Toeuvre, pour disposer les matières, pour les lier ou les développer, pour les finir et leur donner une certaine forme : mais je n'ai rien fait à Têtard de ce recueil de Pensées^ que je n'eusse déjà fait à l'égard des Sermons, Exhortations, Instructions, et de la Retraite spirituelle du même auteur *. »

Peut-être ne faut-il pas donner trop d'importance à cet aveu, si grave qu'il paraisse. Ailleurs, et à plusieurs reprises, le P. Bretonneau lui-même fait profession de reproduire le texte de Bourdaloue avec une scrupuleuse fidélité, ou plutôt encore de le rétablir ; car du vivant de Bourdaloue, dès 1692, il avait paru un recueil de Sermons pour tous les jours de carême ^, attribués au célèbre jésuite, mais tellement défigurés qu'il n'avait pu s'y reconnaître et les avait publiquement désavoués. L'éditeur inconnu qui publia ce recueil apocryphe ne nous en a pas moins rendu service en inspirant au P. Bretonneau le désir de donner « les vrais sermons du P. Bourdaloue, » comme il les appelle lui-même, pour les opposer à ces « copies imparfaites ^. » La fausse édition nous est donc en quelque manière une garantie de l'exactitude de la vraie.

Ajoutons que, si l'on veut se donner la peine de parcourir les très-médiocres sermons que le P. Bretonneau, prédicateur à son tour, nous alaissés *, cette lecture achèvera de rassurer les plus méfiants. L'inégalité est trop grande entre les sermons que le P. Bretonneau prononce, et ceux de Bourdaloue qu'il édite, pour qu'on le soupçonne de ne pas s'être assez oublié lui-même. Il a pu faire des corrections de détail, peut-être quelques remaniements partiels. Nous mettrions volontiers à son compte certaines lenteurs dans les transitions, certaines reprises explicatives un peu

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