Carême. Dim. de la 3« semaine, l'« partie, p
Quel que fût le nombre des forfaits qui se jugeaient à l'Arsenal, n'étaient-ils point, après tout, de rares et monstrueuses exceptions, comme il s*en rencontre à tontes les époques? Que la société toute entière fût à l'image de la Brinvilliers et de la Voisin, c'est assurément ce qu'on ne saurait supposer. Mais, sans parti pris, consultons l'histoire. Si Ton excepte les scélératesses des Borgia en Italie, au quinzième siècle, avait-on jamais vu, dans aucun temps et dans aucun pays, depuis le siècle des Tibère, des Néron et des Locuste, la mort de presque tous les. grands personnages donner lieu à des soupçons d'empoisonnement? Le doule tant de fois exprimé par Tacite, incertum valetudine an veneno, se renouvelle au dix -septième uède pour la duchesse d'Orléans, Henriette d'Angleterre, pour mademoiselle de Fontanges, pour Louvois, pour Fouqnet, pour le duc de Bourgogne, pour la duchesse sa femme, pour le duc de Berry, son frère, pour ses deux jeones fils, dont le plus jeune seul se rétablit à grand'peine et devint Louis XY. Sans doute, nous aimons à le croire, beancoop de ces soupçons n'avaient d'autre fondement que l'insaffisance des connaissances médicales et la crédulité avide des imaginations frappées. Mais qu'ils aient trouvé partout si prompte et si facile créance, c'est déjà un fait grave, et ce fait suffit à expliquer la parole de Bourdaloue qu'on vient de lire, parole si affirmative et si formelle. Le prédicateur ne faisait qu'exprimer ce que tout le monde pensait. Il suffit de lire les Mémoires et les Correspondances du temps pour s'en convaincre : au dix-septième siècle, non-seulement la foule ignorante, mais les esprits éclairés ont cru que les artistes en poison étaient en grand nombre, et qu'ils se soutenaient par une clientèle de haat parage.
Car, dans Vaffaire des Poisons, il ne s'agissait pas seulement d'accusés obscurs, de vulgaires scélérats. La comtesse de Soissons, qui jugea prudent de quitter aussitôt la France, peut-être avec la tolérance du roi, madame de Yivonne, madame de Polignac, madame de Montespan