P. Clément, la Police sous Louis X/K, p
Bourdaloue, en présentant les empoisonnements comme les œuvres de l'esprit impur, dégageait donc avec vérité la leçon de ce procès à la fois terrible parle nombre et par l'atrocité des crimes, monotone par l'uniformité des motifs qui les expliquaient.
« Je dis, continue Bourdaloue, que c'est pour ce péché qu'on devient profanateur. L'aurait-on cru, si la même Providence n'avait fait éclater de nos jours ce que la postérité ne pourra lire sans eu frémir ; aurait-on cru, dis-je, que le sacrilège eût dû être l'assaisonnement d'une brutale passion ? que la profiination des choses saintes eût dû entrer dans les dissolutions d'un libertinage effréné? que ce qu'il y a de plus vénérable dans la religion eût été employé à ce qu'il y a de plus corrompu dans la débauche, et que l'homme, suivant la prédiction d'Isaîe, eût fait servir son Dieu même à ses plus infâmes voluptés * ? »
Deux prêtres, il faut le savoir pour comprendre les lignes qu'on vient de lire, étaient au nombre des accusés dans l'affaire des Poisons. Leurs déclarations, concordantes entre elles, et conformes aux aveux de leurs complices, établissaient qu'ils avaient dit, pour le succès de certaines intrigues amoureuses, des messes impies, accompagnées des sortilèges les plus obscènes, « pratiques d'une superstition corrompue, qu'il faut, dit un historien, laisser, de peur de s'y salir, dans les dossiers des procureurs généraux, et pour lesquelles le huis clos est, même aujourd'hui, de toute rigueur ^. » Mais Bourdaloue sait bien que ces faits hideux sont connus de tout son auditoire, et il ne craint pas de les rappeler avec une éloquence qui en voile les odieux détails sans en atténuer l'horreur.
Toutes ces abominations, révélées par les instructions judiciaires, ne sont pas les seules que, dans le sermon sur C Impureté^ Bourdaloue flétrit, à la honte de son siècle.