CHRISTIANISME INCONSÉQUENT
conciliait- elle avec tous les vices et tous les dérèglements que nous avons vus?
Cette conciliation bizarre fut en effet le grand secret de ce temps-là.
Le ciel défend, de vrai, certains contentements; Mais on trouve avec lui des accommodements * :
cette trop fameuse maxime était tacitement admise et pratiquée d'instinct par une foule de gens qui n'étaient pas des Tartuffes. De savoir si Ton était logique, c'était une question importune, qu'on ne se mettait point en peine d'examiner. On n'avait garde d'approfondir et de raisonner le compromis commode qui permettait à la religion et à la mondanité de vivre en bon accord. Les passions laissaient la foi sommeiller doucement tout au fond de l'âme, et librement prenaient leurs ébats. On acceptait en théorie la doctrine, sans pratiquer la loi, et l'esprit était plus chrétien que le cœur. Madame de Sévigné, très-sincèrement et solidement religieuse, écrivait : « Je ne suis ni à Dieu ni au diable; cet état m'ennuie^ quoique, entre nous, je le trouve le plus naturel du monde. » On comptait un grand nombre de chrétiens que cet état n'ennuyait nullement. Ils avaient trouvé l'art de faire la part du diable et la part de Dieu. Ils donnaient au plaisir et au désordre les années de leur jeunesse (et leur jeunesse se prolongeait quelquefois fort tard), réservant à Dieu les années du déclin : alors ils songeaient à l'éternité prochaine, faisaient pénitence, et, pour parler le langage du temps, se retiraient. Cet habile aménagement de l'existence indignait Bourdaloue.
a J'entends dire assez communément dans le monde, au sujet d'un homme qui, après avoir passé toute sa vie da^is les aft'aires humaines, quitte une charge, se démet d'un emploi et se retire : Il n'a plus rien maintenant qui l'occupe ; il va penser à son salut. Il y 'va penser? Hé quoi! il n'y a donc point