Le Tartuffe^ act. IV, se. v
encore pensé ? il a donc attendu jusqu'à présent à y penser? il a donc vécu depuis tant d'années dans un danger continuel de mourir sans avoir pris soin d'y penser? le salut était donc pour lui une de ces affaires auxquelles on ne pense qne lors- • qu'il ne reste plus rien autre chose à quoi penser? Quel ayeuglement ! quel renversement * ! »
Oui, sans doute, c'est un renversement. Mais, comme disait madame de Rambures, « s'il est fort utile de mourir en la grâce de Dieu, il est fort ennuyeux d'y vivre*.» Ce que cette dame disait tout haut, combien le pensaient tout bas et vivaient en conséquence !
D'autres n'avaient pas su faire un partage aussi méthodique. Gomme ce Tréville à qui Bourdaloue fit un jour allusion, ils passaient tour à tour du monde à la retraite et de la retraite au monde, étonnant les contemporains tantôt par l'éclat de Jeurs brusques pénitences, tantôt par leur facile retour à la dissipation et au plaisir.
Mais la plupart ne connaissaient pas ces violentes vicissitudes. Au lieu de n'être « ni à Dieu ni au diable, • ils étaient en même temps et sans trouble à l'un et à l'autre. Us allaient à la messe et aux offices, s'acquittaient régulièrement des pratiques extérieures, mais sans renoncer à leurs désordres. Gomme madame de Nemours, fort exacte à dire ses prières, mais qui, aigrie par ses procès et se sentant incapable de pardonner, u passait, en récitant le Pater^ l'article du pardon des ennemis ', » ils prenaient du christianisme ce qui ne les incommodait pas, et mêlaient même aux dehors de la religion les goûts les plus mondains et les passions les plus coupables.
Si nous voulons contempler dans toute son étrangeté ce mélange ou, comme disait le cardinal de Retz, c ce salmigondis perpétuel de dévotion et de péché, » entrons