‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 29 sur 341 · Préface du P. Bretonneau, t. I, p · texte numérisé non relu

Préface du P. Bretonneau, t. I, p

rapporte à l'évangile où est racontée la guérison de la fille de la Chananéenne, pourrait fortbien se rattacher également à l'évangiLe pour le quatrième dimanche de Carême, où est racontée la guérison du fils du centurion. Pourquoi n'admettrait-on pas que Bourdaloue prononça ce sermon sur la Prière, une année le quatrième dimanche de Carême, devant le roi qui allait d'ordinaire au sermon ce jour-là, et une autre année le jeudi de la première semaine, cette fois dans une paroisse? Le P. Bretonneau, on vient de le voir, nous donne du moins l'assurance que tous les sermons où Bourdaloue adresse la parole au roi ont bien réellement été prononcés devant Louis XIV, au jour de l'année ecclésiastique marqué par l'éditeur. Mais on voit aussi qu'il s'en de faut beaucoup que tous les sermons du Carême appartiennent à la même année.

Cette observation s'applique aux Avents comme au Carême. Ainsi le sermon pour la fête de la Nativité, qui termine le second Avent^ est de 1697 ; Bourdaloue y fait des allusions parfaitement cltiires, d'abord à la paix de Ryswick signée cette année même, puis au mariage du duc de Bourgogne, qui venait d'être célébré quelques jours auparavant. Mais il est impossible que les sermons qui composent ce second Avent datent tous de 1697.

Car de l'Avent de 1697 il nous reste certainement un antre sermon, le sermon pour la Toussaint. Mais ce n'est pas, comme on pourrait le croire, celui qui ouvre le second Avent; c'est le second des deux sermons pour la Toussaint que le P. Bretonneau a placés dans le recueil des Mysthes, Pourquoi? est-ce parce que ce discours est plus particulièrement dogmatique? Nullement, car il est au contraire tout moral. Est-ce un pur effet du hasard? Cela n'est pas impossible. La raison la plus vraisemblable, c'est que le jour de la Toussaint 1697, Bourdaloue adressait déjà au roi des félicitations sur la paix de Ryswick, et c'est ce qui nous permet de fixer la date de ce sermon : or, ces félicitations, Bourdaloue, nous l'avons vu plus haut, les renouvelle à la fin de la station, dans le sermon

pour la Nativité. Peut-être le P. Bretonneau a-t-il craint ^ue, si le lecteur trouvait dans le premier et dans le dernier discours du même A vent deux compliments assez semblables entre eux, et portant en partie sur le même fait, il ne résultât de cette répétition quelque monotonie.

Ainsi le P. Bretonneau a entre les mains deux sermons se l'apportant manifestement à la même année 1697, et, au lieu de les placer l'un et l'autre dans le même Avent^ il rejette l'un des deux dans une tout autre partie des œuvres de Bourdaloue. Rien ne saurait prouver plus clairement combien le P. Bretonneau est étranger à toute préoccupation chronologique.

On comprend, d'après ce que nous venons de dire, qu'il est d'une extrême difficulté de retrouver les dates précises des divers sermons. Une pareille investigation est un travail d'éditeur, et ne saurait rentrer dans le cadre de cette étude. Mais il y faudrait un éditeur érudit, patient, et qui n'aurait peur ni des longues recherches ni des déceptions ; car les déceptions, nous avons lieu de le craindre, seraient nombreuses, et il faudrait bien souvent se résigner à l'ignorance, tout au moins au doute. Quoi qu'il en soit, notons en passant qu'une édition historique de Bourdaloue reste à faire.

En ce qui nous concerne, il suffira de donner ici quelques renseignements . généraux et probables, quelques dates importantes, ne fût-ce que pour rectifier des erreurs qui parfois ne laissent pas d'être graves. Il est curieux de voir comment ces erreurs s'accréditent, en font naître d'autres, et quelle série de conséquences à l'avantage ou au détriment de Bourdaloue on peut tirer d'une date fausse.

Madame de Se vigne écrit dans une lettre souvent citée : « Je m'en vais en Bourdaloue; on dit qu'il s'est mis

à dépeindre les gens, et que l'autre jour il fit trois points de la retraite de Tréville; il n'y manquait que le nom; mais il n'en était pas besoin * . » Tous les annotateurs de madame de Sévigné, jusqu'au plus exact et au plus récent *, croient reconnaître les trois points dont parle madame de Sévigné dans le sermon pour le quatrième dimanche du second Avent^ sur la Sévérité évangélique ^ Sans y regarder de plus près, et sur la foi des annotateurs de madame de Sévigné, M. Sainte-Beuve * analyse ce sermon sur la Sévérité évangélique^ en cite plusieurs morceaux, montrant comme ces passages s'appliquent bien à Tréville, et comme la prédication de Bourdaloue est pleine de claires allusions. « On a maintenant, dit-il pour conclure, le commentaire du passage de madame de Sévigné, et l'on voit comment Tréville fut dépeint et prêché par Bourdaloue en trois points. » D'autre part, voici un nouveau critique, M. Tabbé Hurel, qui. dans son estimable et savant ouvrage sur les Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV °, admet également que le sermon sur la Sévérité évangélique est bien celui dont parle madame de Sévigné ; mais c'est pour en tirer des appréciations toutes contraires à celles de M. Sainte-Beuve. Après avoir fait le « dépouillement » de ce discours (c'est l'expression de M. l'abbé Hurel) : Voyez, nous dit-il, comme ces allusions de Bourdaloue ont été surfaites : y a-t-il rien dans ce sermon qui s'applique plus personnellement à Tréville qu'à beaucoup d'autres, et ne fallait-il pas une étrange bonne volonté de la part des contemporains pour dire : Il n'y manquait que le nom? M. l'abbé Hurel insiste avec complaisance sur cet exemple, et s'en sert victorieusement pour faire voir combien les jugements portés sur Bourdaloue de son temps

Page 1