‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 294 sur 341 · LES HYPOCRITES · texte numérisé non relu

LES HYPOCRITES

rimpiété!... Mais si, par un de ces châtiments terribles dont Dieu punit quelquefois les peuples, le ciel nous avait fait naître sous la domination d'un prince moins* religieux, combien verrions-nous de courtisans tels que les concevait Tertullien, qui ne balanceraient pas sur le parti qu'ils auraient à prendre, et qui, sans hésiter et aux dépens de Dieu, rechercheraient la faveur de César! Majori formidine Cœsarem observatis. Sans faire nulle supposition, combien en voyons-nous dès maintenant disposés de la sorte, c'est-à-dire non pas impies et scélérats, mais prêts à l'être s'il le fallait être, et si l'être en effet était une marque qu'on exigeât d'eux de leur complaisance et de leur attachement! Auraient-ils là-dessus quelque scrupule, ou écouteraient-ils leurs remords et leurs scrupules? la concurrence de la créature et de Dieu les arrêterait-elle ? et, emportés par l'habitude où ils sont élevés de se conformer en tout aux inclinations du maître de qui ils dépendent, ne se feraient-ils pas un principe, s'il était libertin, de Pêtre avec lui, et s'il méprisait Dieu, de le mépriser comme lui * ? w

Vienne la Régence, et ces prévisions seront trop bien justifiées. En attendant, le futur Régent lui-même, ce (( fanfaron de crimes, » faisait ses dévotions à Saint-Eustache les jours de grande fête, et Saint-Simon dit fort judicieusement : « Moins de dévotion de calendrier et moins de licence les soirs auraient formé une vie plus unie et plus décente ^. »

Bourdaloue a fait de l'hypocrisie la matière expresse d'un de ses sermons ; il l'a combattue encore, et toujours avec une énergie particulière, dans les sermons sur la Vraie et la fausse piété, sur la Sévérité chrétienne, sur le Jugement de Dieu, dans ses Panégyriques, dans ses Pensées, L'hypocrisie lui était doublement odieuse, et par la répugnance qu'elle inspirait à sa parfaite rectitude, et parce que ce mensonge sacrilège compromettait la religion même, en rendant toute piété suspecte. Bourdaloue nous l'a déjà dit, « le libertin ne manque jamais de se prévaloir

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