‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 295 sur 341 · Sainl-Siinon, t. XII (année 1715, fin · texte numérisé non relu

Sainl-Siinon, t. XII (année 1715, fin

de la fausse piété pour se persuader à lui-même qu'il n'y en a pas de vraie ; » il les confond artifîcieusement i'ane avec l'autre dans ses discours, et sous prétexte d'attaquer la première, il fait mépriser la seconde. C'est ce que Bonrdaloue reproche fortement au Tartuffe de Molière.

« Gomme la fausse piété et la vraie ont je ne sais combien d'actions qui leur sont communes ; comme les dehors de l'une et de l'autre sont presque tout semblables, il est non-seulement aisé, mais d'une suite presque nécessaire que la même raillerie qui attaque l'une intéresse l'autre, et que les traits dont on peint celle-ci défigurent celle-là, à moins qu'on n'y apporte toutes les précautions d'une charité prudente, exacte, et bien intentionnée, ce que le libertinage n'est pas en disposition de faire. Et voilà, chrétiens, ce qui est arrivé, lorsque des esprits profanes, et bien éloignés de vouloir entrer dans les intérêts de Dieu, ont entrepris de censurer l'hypocrisie, non point pour en réformer l'abus, ce qui n'est point de leur ressort, mais pour faire une espèce de diversion dont le libertinage pût proliter, en concevant et faisant concevoir d'injustes sonpçons de la vraie piété par de malignes représentations de la fausse. Voilà ce qu'ils ont prétendu, exposant sur le théâtre et à la risée publique un hypocrite imaginaire, ou même, si vous voalez, un hypocrite réel, et tournant dans sa personne les choses les plus saintes en ridicule, la crainte des jugements de Dieu, l'horreur du péché, les pratiques les plus louables en ellesmêmes et les plus chrétiennes. Voilà ce qu'ils ont affecté, mettant dans la bouche de cet hypocrite des maximes de religion faiblement soutenues, au même temps qu'ils les supposaient fortement attaquées ; lui faisant blâmer les scandales du siècle d'une manière extravagante ; le représentant consciencieux jusqu'à la délicatesse et au scrupule «sur des points moins importants, où toutefois il le faut être, pendant qu'il se portait d'ailleurs aux crimes les plus énormes ; le montrant sous un visage de pénitent, qui ne servait qu'à couvrir ses infamies <... »

Quelques précautions que Molière eût prises pour

1. Dominicales. 7' dim. ap. la Pentecôte, sur rHypocrisie, l«* pa^ tie, t. VI, p. 213, 214.

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