‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 301 sur 341 · LA NAISSANCE ET LA FAVEUR DANS LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE ET LA FAVEUR DANS LE CLERGÉ

Sans doute il fallait toute l'impudence et le bonheur insolent de Cosnac pour être fait évêque dans ces conditions prodigieuses. Mais ce qui est certain, c'est que la capacité et la vertu n'étaient pas les seuls titres, ni toujours les plus considérés, pour arriver à l'épiscopat. Il n'était pas indifférent d'être noble ou roturier.

« On poursuit les honneurs, même les plus saints, comme dus à sa naissance ; et, sans nul fondement que celui-là, on se croit bien établi, et même en droit de prétendre à tout. C'est assez d'avoir de la qualité pour aspirer à ce qu'il y a de plus éminent dans le sacerdoce. Moïse, remarque Philon le Juif, se voyant sur le point de mourir, n'osa jamais nommer un de ses proches, pour lui succéder dans l'honorable commission qu'il avait reçue de conduire le peuple... Mais l'ambitieux, bien plus éclairé, ou bien moins scrupuleux que Moïse, se destine sans hésiter pour successeur à qui il lui plaît, et fait valoir aussi bien que les enfants de Zébédée la proximité du sang, pour venir à bout de tous les desseins que lui suggère son ambition. Il n'est pas jusqu'aux dignités les plus sacrées, dont certains esprits du monde... ne continuent à dire aujourd'hui, mais avec bien plus de scandale, ce que disaient déjà, du temps de David, les premiers du peuple d'Israël : Allons, possédons le sanctuaire de Dieu comme notre héritage : Omnes principes eorum, qui dixerunt : Hereditate possideamus sanctuarium Dei (Ps. 82) : c'est un bénéfice qui depuis tant d'années est dans notre maison, et qu'il y faut conserver ^ »

Ces dernières expressions ne sont-elles pas celles-là mêmes que nous trouvions tout à l'heure dans le cardinal de Retz : a L'archevêché de Paris, qui était dans sa maison.., » En vain l'Église dans ses conciles, en vain la cour de Rome avaient essayé de déraciner cernai du népotisme : il continuait à régner. Tel évêché semblait appartenir à telle famille par une sorte d'hérédité. Celui de Béziers fat possédé sans interruption « par six Bonzi, d'oncle à neveu ^ » Le grand Bossuet lui-même, près de mourir,

1. Carême. Mercredi de la 2* semaine, sur FAmbitioriy 1" partie, t. II, p. 3G9, 370.

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