CUPIDITÉ ET SIMONIES
j'osais user de cette expression, mis à l'enchère par tant de profanateurs qui en font trafic? On ne s'en cache pas même : ce que la bienséance au moins obligerait à déguiser et à couvrir passe maintenant pour une proposition honnête : Quid vultis mihi dare 7 Qu'avez-vous à me donner en échange? de quoi pouvez-vous m'accommoder ? que m'assurez-vous? Commerce peut-être encore plus outrageux au Sauveur du monde que celui de Judas, puisqu'enfin Judas se repentit d'avoir ainsi vendu le sang de son maître, au lieu que ceux à qui je parle le font sans scrupule et avec la plus grande impunité *. »
Bourdaloue montrait encore dans saint Etienne un modèle proposé par Dieu même à tous les dispensateurs des biens de l'Église, parce que « Dieu prévoyait qu'une des plaies les plus mortelles dont serait affligé le monde chrétien, dans la suite des siècles, était l'énorme abus qu'on y ferait des revenus ecclésiastiques, » et reportant ses regards sur les désordres de son temps : « Que ne puis-je, s'écriaitil, voir des hommes du caractère de saint Etienne pourvus des bénéfices de l'Église * ! »
Il ne faisait pas le panégyrique de saint Louis sans rappeler « les règlements de ce sage roi sur le sujet des bénéfices, règlements contre lesquels ni le temps ni les coutumes ne prescriront jamais, règlements dont il voulut être le premier et le plus religieux observateur, s'étant même ôté le pouvoir d'en dispenser, et, par un serment solennel, s'étant obligé à n'avoir jamais sur cela nulle acception de personne ; règlements, si je les apportais, qui confondraient le relâchement de notre siècle, et peut-être même sa prétendue sévérité. Celui qui regarde la pluralité des titres, que saint Louis traitait de monstrueuse, ne suffirait-il pas pour nous humilier-^. »
L'esprit de simonie ne régnait pas seulement dans l'ad-
1. Mystères. 3« serm. sur la Passion de Jéétts- Christ^ !'• partie, t. X, p. 179,180.
2. Panégyriques. Serm. pour la fête de saint Etienne^ i^ partie, t. XII, p. 98.
3. Panégyriques. Serm, pour la fête de saint Louis ^ 1" partie, t. XIII, p. 95.
ministration et dans remploi des bénéfices : il pénétrait jusque dans les détails du culte. Tout s'achetait et se vendait ; tout était matière à profit. Un prédicateur, sniyantLa Bruyère, recevait le salaire d'un senûon, « comme d'une pièce d'étoffe *. » Des prêtres «mercenaires,» selon l'expression plusieurs fois répétée par Bourdaloue , considéraient souvent leur ministère comme une profession semblable à toutes les autres, comme un métier plus ou moins lucratif.
« Je n'ignore pas, disait le prédicateur, toujours pratique et mesuré, je n'ignore pas la maxime de saint Paul; elle est juste, elle est raisonnable : quiconque sert à l'autel doit Titre de l'autel. Qu'un ministre du Seigneur, en faisant les fonctions de son ministère, reçoive donc certaine rétribution qui y est assignée, c'est ce que l'Église approuve, et ce que je ne saurais condamner sans une extrême témérité. Mais que dans des fonctions si excellentes et si sacrées, ce ministre n'ait en vue que la rétribution qu'il en tire; qu'il ne s'y adonne que pour cette rétribution ; qu'il en fasse comme un trafic, comme im commerce, et que, dès que cette rétribution viendrait à manquer ou à diminuer, il soit disposé à les négliger ou à s'en exempter: voilà ce que toute l'Église réprouve, et ce que je ne saurais trop bautement réprouver moi-même *. »
Dominés par ces vues tout humaines, beaucoup n'apportaient à l'accomplissement des fonctions saintes ni piété, ni gravité, ni respect.
« Voilà le principe malheureux de tant de profanations dn plus saint mystère. On le célèbre sans dévotion, sans onction, sans attention, souvent sans préparation, et sans la plus nécessaire préparation, qui est l'innocence du cœur;... on s'en acquitte avec une indévotion et une précipitation scandaleuses... On a ce que l'on prétendait, dès qu^on ne se retire pas les