‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 308 sur 341 · DÉRÈGLEMENTS DANS LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

DÉRÈGLEMENTS DANS LE CLERGÉ

tiennent dans la pureté de leur profession * ? » M^is des prélats, des princes de l'Église n'étaient pas plus scrupuleux. Témoins le cardinal de Bouillon, le cardinal de Fûrstenberg, l'archevêque de Paris, Harlay, si fort chansonné de son temps, et que la mort surprit en compagnie de sa maîtresse.

La confession même était quelquefois pour les prêtres l'occasion ou le prétexte des liaisons les plus criminelles. Quand Bourdaloue écrivait ce chapitre des Pensées sur les Amitiés sensibles et prétendues innocentes dont nous avons cité plusieurs passages, c'était moins encore aux laïques qu'aux prêtres qu'il s'adressait. La censure, qui « ne s'attache à rien plus malignement qu'à ce qui regarde ces fréquents entretiens des ministres de Jésus-Christ » avec leurs pénitentes ^ , se trouvait en effet trop souvent justifiée.

« Un directeur semble n'avoir reçu mission de Dieu que pour une seule âme, à laquelle il donne toute son attention ; plusieurs fois chaque semaine, il passe régulièrement avec elle les heures entières, ou au tribunal de la pénitence, ou hors du tribunal, dans des conversations dont on ne peut imaginer le sujet ni concevoir l'utilité; il expédie toute autre dans l'espace de quelques moments, et l'a bientôt congédiée, mais ne saurait presque finir dès qu'il s'agit de celle-ci; il s'ingère même dans toutes ses affaires temporelles, en ordonne comme il lui plait, et les prend autant et peut-être plus à cœur que si c'étaient les siennes propres Est-ce donc là ce qu'inspire un zèle évangélique? Ce ne sont point seulement les maîtres de la morale chrétienne qui en jugent autrement, mais le monde le plus mondain. Il a peine à se figurer qu'il n'y ait rien dans une semblable conduite que de surnaturel, et il ne serait pas aisé de lui en donner des preuves bien certaines... Ce qui doit nous saisir d'étonnement et nous remplir de frayeur, c'est que des gens élevés dans l'Église de Dieu aux ordres les plus sa-

1. Exhortations. Sur la Dignité et les devoirs des prêtres, !'• partie, t. VIII, p. 235.

2. Panégyriques. Serm. pour la fête de saint Etienne, i^* partie, t. XII, p. 103.

crés,... revêtus du sacerdoce de Jésus-Christ, ses yicaireSy ses substituts ; que des personnes adonnées & toutes les bonnes œuvres, et regardées comme des modèles de sainteté, en viennent quelquefois, par des chutes éclatantes, aux mêmes extrémités (que les séculiers). Les exemples en sont connus, et les âmes zélées ont souvent gémi de voir, parmi le peuple fidèle et dans le lieu saint, de si déplorables renversements et une si affreuse désolation ^ » ^

Sans même parler de ces « extrémités, » on yoyait dans les salons et dans les compagnies, panni ceux mêmes qui aspiraient aux plus hautes dignités, une foule de pifttrès dont les allures étaient toutes mondaines. Coquets et galants, ils aimaient, comme Tabbé Testu, a briller an milieu d'un cercle de dames ; » ils taisaient « des yen pleins d'antithèses et de pointes. )> L'abbé Testu, il est Tiai, ne put devenir évêque. Le roi ne le trouvait pas « asaei homme de bien pour conduire les autres. — Sire, répondait à cela madame d'Heudicourt, il attend pour le devenir que Votre Majesté l'ait fait évêque '• » On en citait de plos heureux. Fléchier, qui devint un excellent prélat, de mœurs pures et « très-épiscopales, » avait commencé par être fort bel-esprit et habitué des ruelles. Même dans sa maturité et dans tout l'éclat de son talent, il ne pouvait toujours se défendre de revenir à ces inclinations de sa jeunesse. Il entretenait avec la fille de madame Deshonlières une correspondance où l'amitié la plus irréprochable prenait la forme d'un autre sentiment, et parlait le langage tendre et convenu de la galanterie. Les billets qu'il adressait à sa jeune amie étaient en général anonymes, et, quand il fut évêque, devinrent beaucoup plus rares. Fié»' chier sentit que la gravité épiscopale devait s'interdire ces petites débauches d'esprit comme un régal défendu '•

D'autres, dont les goûts étaient moins délicats et le caractère plus remuant, s'ils ne pouvaient, comme les

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