ESPRIT D'ORGUEIL DANS LE CLERGÉ
très, qui furent les premiers prêtres de la loi nouvelle, que l'humilité. Saint Paul ne voulait pas qu'un ministre de l'Église cherchât à dominer dans l'Église même, beaucoup moins à dominer dans le monde. Mais depuis Jésus-Christ et depuis saint Paul, cet esprit de domination a fait dans le sacerdoce des progrès qu'il n'est pas aisé d'arrêter. Parce qu'on est prêtre, on est déUcat et sensible sur le point d'honneur; et tel, dans la condition où il est né, eût conservé toute la modestie de son état, qui n'a commencé à la perdre que du moment qu'il s'est vu couvert d'un habit qui devait le rendre plus modeste encore et plus humble. Parce qu'on est prêtre, on s'arroge le droit... de l'emporter partout et sur tout. A l'exemple de ces pharisiens qui ne voulaient pas qu'on les approchât, on traite le reste des hommes de profanes, et l'on en exige des déférences que l'on s'attirerait bien mieux si l'on y était moins attentif et si l'on en paraissait moins jaloux i... Tout l'empressement et tout le zèle des ministres de l'Église consiste à faire valoir leurs droits, à s'enller de leur dignité 2... Ils croient ne pouvoir soutenir leur ministère que par le faste du monde, que par l'affec tation de la grandeur, que par la magnificence du train, que par l'éclat d'une somptuosité superflue, que par les disputes éternelles sur les préséances, sur les prérogatives,... en un mot, que par toutes les choses dont l'ambition des hommes s'entête et s'occupe 3... Les dignités ecclésiastiques n'en deviendraient que plus vénérables, et ne seraient en effet que plus respeclées et plus vénérées, si la pauvreté de Jésus-Christ et la simplicité de l'Évangile en bannissaient l'abondance , le luxe et le faste *. »
Fort éloigné de blâmer les prérogatives dont l'Église jouissait alors dans la société, Bourdaloue a pourtant senti, mérite rare à cette époque, que tout ce que le clergé gagnait en richesses et en éclat temporel, il le perdait en désintéressement, en vertu et en puissance morale.
1. Exhortations. Sur la Dignitéy etc., !'• partie, t. VIII, p. 233-
2. Mystères. Pour la fête de la Pentecôte^ 1" partie, t. X, p. 300. :i. Panégyriques. Serm. pour la fête de saint Paulj 2« partie,
t. XIl, p. 356-357.
4. Ibid. Semi. pour la fête de saint Frariçois'Xavier, 2» partie, t. Xll, p. 53.
Nous n'insisterons pas sur la partie de la prédicafion de Bourdaloue qui concerne le clergé régulier. Ce n'est pas qu'il se soit abstenu de le peindre, et de le peindre avec une grande vérité. Les abus, les illusions, les pêtita intrigues du couvent ne lui échappent pas plus que les grandes passions et les bruyants désordres du siècle. On trouverait par exemple dans V Exhortation sur FobUsâOMtt religieuse ou dans le chapitre des Pensées sur VÈtat rrfîgieux toute une galerie d'esquisses parfaitement exactes et fines : la religieuse lente à obéir, qui « ne fait rien dans le temps précis, » qui « diffère toujours, » qui est a la dernière à tout ; » la religieuse capricieuse, « qui veut bien s'assujettir à telle et telle pratique, mais néglige cette autre, bonne, dit-elle, pour des commençants et pour des novices ;... qui veut bien accepter tel ou tel emploi où elle n'est pas destinée, mais s'excuse de cet autre où l'obéissance la destine ; ... qui ne cesse d'aller et de venir, de porter ses remontrances à la supérieure, » qu'elle oblige enfin «de se rendre et de céder à l'importunité de ces longues et ennuyeuses représentations;... » la religieuse raisonnease, qui,(( de son autorité privée, se fait arbitre de tout, ne croit pas qu'il y ait rien de bien à moins qu'elle n'y ait eu part, et que ce ne soit par son conseil qu'on l'ait entrepris; » li religieuse acariâtre et violente; « il y a quelquefois de ces esprits hauts et obstinés, sujets aux éclats dans une communauté, et devenus redoutables, si je l'ose dire, aux sapérieures qui, par sagesse, les épargnent, et s'accommodent, pour ne les pas choquer, à toutes leurs idées; ils sont dispo^ ses à obéir, ou ils se vantent de l'être ; mais à cette condition, qu'on ne leur imposera point d'autre loi que celle qu'ils auront eux-mêmes dictée; )) enfin la religieuse politique et secrètement ambitieuse; car « l'envie de dominer... s'entretient et se nourrit jusque dans l'obscurité de la r^ traite, et comme dans le sein de l'humilité. On veut être quelque chose, quoiqu'en se séparant du monde on ait déclaré qu'on ne prétendait plus à rien... Il est rare qu'on s'y porte ouvertement, et qu'on témoigne sur cela son