‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 314 sur 341 · CONSEIL MÊLÉ A L'ÉLOGE · texte numérisé non relu

CONSEIL MÊLÉ A L'ÉLOGE

! duel, arrêté les usurpations de Thérésie, érigé des tribuaux pour punir l'impiété, le blasphème, l'homicide. Mais ajoutait : « Que ne peut point encore Votre Majesté contre 'autres désordres, et que doit-elle omettre de tout ce u'elle peut pour les abolir * ? » Prononcée à cette date, u moment de la plus grande faveur de madame de Monîspan, cette phrase avait plus de portée qu'il ne semble.

Dix ans plus tard, en 1684, Bourdaloue revenait sur îs mêmes éloges et sur les mêmes exhortations. « De ces lonstres que Votre Majesté poursuit, et contre qui elle a éjà si heureusement employé son autorité royale, il en este encore, sire, qui demandent votre zèle, et tout votre èle. L'écriture me défend de les nommer... » Seulement, cette époque, le roi était converti, et Bourdaloue pouvait jouter : « Il me suffit que Votre Majesté les connaisse, et u'elle les déteste. Elle peut tout, et la seule horreur u'elle en a conçue sera plus efficace que toutes les lois our en arrêter le cours *. »

Plus tard encore, le prédicateur faisait des allusions élicates aux progrès du roi dans la dévotion. « Je prêche, isait-il, dans la cour d'un prince qui, plus zélé que jalais pour les intérêts de Dieu, donne du crédit à la reliion, et combat le vice plus hautement et bien plus efficacelent par son exemple que je ne puis le faire moi-même lar mon ministère ^. n

Mais en aucun temps Bourdaloue ne manqua d'ajouter luvertement à la louange une contre-partie austère et hrétienne. S'il célébrait la gloire du plus puissant roi du nonde, c'était pour en faire un magnifique holocauste LU seul maître souverain, au roi des rois.

i. Mystères, l^r sermon sur la Purification de la ViergCt t. XI, p. 31. V. dernsV Introduction, § II, Bi6/%rapAi>, la date de ce sermon ixée par une lettre de madame de Sévigné.

2. Mystères. Sur la Nativité de Jésus-Christ, t. X, p. 29. — I. l'Introduction, § II, Bibliographie , p. 47 sqq.

3, Deuxième Avent. 2« dim., sur le Respect humain, 3« partie, . I, p. 299-300.

« De cet éclat qui vous environne, de ce nom qui a retenti dans toutes les parties de la terre, de cette réputation qui a passé jusqu'aux extrémités du monde, et qui vivra dans la plus longue postérité, de ces batailles gagnées, de ces victoires remportées, de tant de faits mémorables, rien ne restera devant Dieu que ce qui se trouvera marqué de son sceau : cela seul subsistera, cela seul sera pour vous le fonds d*une gloire solide et d'un mérite éternel ^ »

Ce prince dont l'autorité était sans bornes s'entendait dire que le salut lui était plus difficile qu'au moindre de

ses sujets.

« Régner dans le ciel^ sans avoir jamais régné sur la terre, c'est le sort d'un million de saints, et cela suffit pour être beureux. Régner sur la terre, pour ne jamais régner dans le ciel, c'est le sort d'un million de princes, mais de princes ré* prouvés et par conséquent malheureux... La sainteté d'un chrétien est comme l'effet ordinaire de la grâce ; la sainteté d'un grand en est le chef-d'œuvre ; la sainteté d'un roi en est le miracle ; celle du plus grand et du plus absolu des rois en sera le prodige ^, »

Ces graves instructions ne sont pas d'un courtisan, et l'on voit que, même dans ces compliments officiels, nécessairement flatteurs et convenus, Bourdaloue sait éviter et la complaisance servile, et la banalité monotone.

J'ajoute qu'il ne suffit pas de considérer ces sortes de harangues personnelles, et qu'en étudiant de près les sermons qui furent prêches devant Louis XFV, on trouve dans presque tous, outre la morale générale, dont le prince, comme tous les autres, pouvait se faire l'application, des paroles et des leçons qui le concernaient spécialement. Jamais Bourdaloue ne parle plus à Louis XIY que quand il prêche devant lui sans s'adresser à lui. Ainsi,

1. Mystères. 2« sermon sur la Purification de la Vierffe^ t. XI, p. 161.

2. Premier Avent. Fête de tous les Saints, sur la Réconyteiue det Saints, t. I, p. 33.

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