‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 32 sur 341 · T. I, p. 163 sqq · texte numérisé non relu

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reconnaissant qu'il la désire sans l'espérer. Or, en 1670, la paix régnait. Aucune guerre générale ne désolait l'Europe ni en 1684, ni en 1686, années du second et du troisième Avent que Bourdaloue prêcha à la cour. C'est donc jusqu'à 1689, année où venait d'éclater la guerre de la ligue d'Augsbourg, qu'il faut descendre pour assigner à ce sermon sa date probable.

Quant au second Avent, nous avons vu que le sermon pour la Nativité qui le termine est de 1697. C'est très-probablement le dernier discours que Bourdaloue ait prononcé devant Louis XIV. Quoique le sermon sur la Toussaint, nous l'avons dit encore, et peut-être plusieurs des autres, remontent à des années antérieures, on trouve dans presque tous des indices qui permettent de les placer à une période avancée du règne. Le prédicateur s'adresse évidemment au roi converti et déjà sur le retour. Il le félicite de «choses dont ses augustes ancêtres n'ont pas même osé former le dessein, » c'est-à-dire sans doute de la révocation de l'édit de Nantes et du rétablissement de l'unité de religion dans le royaume; il vante le zèle du prince a pour les intérêts de Dieu et pour le vrai culte de Dieu. » — « Ce zèle, lui dit-il encore, devait être le terme de votre glorieuse destinée. » L'état de la cour, où le roi combat le vice « par son exemple, » fait craindre au prédicateur que le respect humain, qui faisait autrefois à la cour « des libertins », n'y fasse maintenant « des hypocrites. »

En résumé, la majeure partie du premier Avent paraît remonter aux débuts de la carrière oratoire de Bourdaloue et dater de 1670; l'ensemble du second est très-pustérieur, et il est difficile qu'aucun des sermons qui le composent ait précédé l'année 1689.

C'est ici le lieu de noter que le sermon pour la Nativité, qui se trouve dans le recueil des Mystères, est celui par lequel Bourdaloue termina son Avent de 1684. C'est en effet à ce sermon, le lecteur peut s'en assurer, ques'ap-pliquent les lignes suivantes, écrites par Dangeau le 23 décembre 1684 : «Le P. Bourdaloue prêcha, et dans son compli-

ment d'adieu au roi, il attaqua un vice qu'il conseilla fort à Sa Majesté d'exterminer de sa cour. Ce compliment-là fut remarquable, aussi bien que son sermon * . »

Parmi les sermons du Carême, il en est quelques-uns dont nous pouvons déterminer la date avec une certitude presque absolue. Les allusions à l'affaire des Poisons, qu'on trouve dans le sermon pour le troisième dimanche, sur r Impureté^ montrent que ce discours est postérieur à 1679, année où commença le procès de la Voisin. Comme d'autre part ce sermon est prononcé devant le roi, on ne peut hésiter, pour en trouver la date précise, qu'entre les deux derniers Carêmes prêches par Bourdaloue àla cour, celui de 1680 et celui de 1682. Mais en 1680, le roi, parti le l*'' mars pour se porter à la rencontre de la princesse bavaroise qui allait devenir la dauphine, n'assista- au sermon ni le premier dimanche de Carême lOmars, ni le second dimanche 17; il ne revint que le lundi 18. On pourrait admettre qu'il y assistait le troisième dimanche 24, et placer à cette date le sermon sur r Impureté, si nous ne savions que tout ce jourlà il y eut fête à la cour, et que le roi s'absenta de Saint- Germain pour montrer Versailles à la nouvelle dauphine. La Gazette mentionne ce voyage de gala, et ne dit pas que le roi ait été au sermon. La vraisemblance dit assez qu'en effet il n'y fut point. La Gazette nous apprend au contraire que le lendemain 25, fête de V Annonciation, « à Saint- Germain, le Roi et la Reine allèrent après dîner au sermon du P. Bourdaloue, jésuite, qui prêche le Carême devant Leurs Majestés, » C'est la formule consacrée, qui se retrouve deux fois par an dans la Gazette, au commencement de chaque Avent et de chaque Carême, après le premier sermon prononcé devant le roi par le prédicateur chargé de lui prêcher la station. Or, en 1680, cette formule se rencontre pour la première fois à la date du 25 mars. Il est donc cer-

1. u Le dirai-je néanmoins?... de ces monstres que Votre Majesté poursuit, et contre qui elle a déjà si heureusement employé son autorité royale, il en reste encore, sire, qui demandent votre zèle, et luut voire zèle, etc... » T. X, p. 29.

tain qu'en raison de l'absence du roi, du mariage de Monseigneur, et des fêtes qui suivirent, la station quadragésimale ne commença en 1680 que le jour de V Annonciation, c'est-à-dire précisément le lendemain du troisième dimanche de Carême. Par conséquent le sermon sur V Impureté n'est pas de 1680. Plusieurs des allusions qui s'y trouvent semblent bien d'ailleurs s'appliquer à des fôits dont la marche du procès n'avait pas encore amené la révélation en mars 1680, et qui ne furent connus, au moins du public, que par suite de dépositions postérieures. Le sermon sur V Impureté fut donc prononcé seulement en 1682, année où le troisième dimanche de Carême tombait le 1" mars.

Nous connaissons du même coup la date d'un autre sermon, celui pour le- jeudi de la cinquième semaine, sur la Conversion de Madeleine, On se souvient que Bourdaloue y fait une longue digression apologétique, relative à son sermon sur V Impureté, Il est de toute évidence que ces deux sermons ont été prononcés la même année, et que, si l'un est du 1®' mars 1682, l'autre est du 19 mars suivant.

On rencontre encore de temps à autre, dans les discours de Bourdaloue tels qu'ils nous sont parvenus, une phrase oii le prédicateur rappelle quelque sermon précédent qui semble dès lors avoir été prêché devant le même auditoire et dans le cours de la même station. C'est ainsi que dans le sermon pour le lundi de la semaine sainte, sur le Retardement de la pénitence, Bourdaloue rappelle au début ce sermon sur la conversion de Madeleine dont nous venons de parler, et un peu plus loin son sermon de la veille sur la Communion pascale, « N'oublions jamais, comme je vous le disais hier, etc *... » Si ces phrases étaient vraiment de Bourdaloue, nous serions sûrs que le sermon pour le dimanche des Rameaux sur la Communion pascale, et le sermon pour le lundi-saint sont de la même année que celui sur la Conversion de Madeleine, par conséquent de la même

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