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année aussi que celui sur V Impureté, Nous aurions donc dans le Carême au moins quatre sermons datant de 1682. Mais il faut craindre que ces courtes formules qui rattachent les discours les uns aux autres ne soient des additions du P. Bretonneau. Ce qui confirme nos craintes, c'est que nous voyons dans les Dominicales le sermon pour le sixième dimanche de l'Epiphanie, sur la Sainteté de la loi chrétienne^ rappelé et invoqué dans le sermon pour le vingtième dimanche après la Pentecôte, sur le Zèle pour V honneur de la religion. Or, le sixième dimanche après l'Epiphanie et le vingtième dimanche après la Pentecôte n'appartenant pas aune même station, mais se trouvant, l'un presque au commencement, l'autre presque à la fin de l'année ecclésiastique, il n'est pas vraisemblable, ni que les sermons pour ces deux jours aient été prononcés dans la même église et devant le même auditoire, ni que Bourdaloue ait, à un si grand intervalle de temps, rappelé le premier en prononçant le second. Ne serait-ce pas l'éditeur de Bourdaloue qui aurait, selon sa propre expressfon, « mis un peu la main à l'œuvre pour lier les matières? »
Toutefois, si Ion excepte les deux sermons pour le mercredi des Gendres, dont l'un fut prononcé en 1671 à Notre- Dame, trois jours après une cérémonie funèbre en l'honneur de Mgr dePéréfixe *, archevêque de Paris, mort quelques semaines auparavant, et dont l'autre fut prêché en 1686, à Montpellier, c'est bien à 1682 ou aux années les plus voisines que semblent remonter la plupart des sermons qui composent le Carême, Tous ceux de ces sermons qui sont prêches devant le roi conviennent parfaitement à l'état de ce prince et de la cour en 1682. Parmi les autres, nous voyons que le sermon pour le premier jeudi, sur la Communion, fut entendu le 6 mars 1683 à Saint-Paul par madame de Sévigné, qui en envoie Je lendemain au comte et il la comtesse de Guitaut une rapide analyse. C'est aussi
1. Bourdaloue fait allusion à cette cérémonie dans l'exorde de ce sermon.
vers ces années sans doute que madame de Sévigné entendit avec admiration le sermon sur la Grâce^ qui a pour texte : Si scires donum Dei^ et dont, plusieurs années après, elle parle encore à sa fille comme d'un sermon auquel toutes deux auraient assisté ensemble *. On peut donc croire que \q Carême que nous possédonsesten grande partie celui que Bourdaloue prêcha à la cour en 1682, mais complété par des sermons prononcés dans les paroisses les années précédentes ou suivantes.
Madame de Sévigné nous fait encore connaître Tannée du premier sermon pour la Purification de la Vierge^ qui se trouve dans le recueil des Mystères. Il est de 1674. C'est ce sermon dont madame de Sévigné admire si fort l'apostolique hardiesse, et qu'elle trouve digne de l'apôtre saint Paul 2.
Nous ne chercherons pas à déterminer les dates des autres sermons pour les Mystères^ ni de tous ceux des Dominicales, Bornons-nous aux conclusions générales que nous venons d'indiquer pour les deux Avents et pour le Carême, conclusions qui ne sont pas indifférentes, quand on veut se rendre un compte exact de la portée qu'avaient certaines paroles dans la bouche de Bourdaloue. C'est ce que fera voir, nous l'espérons, la suite de cette étude.
Bourdaloue a été souvent réimprimé. Ses œuvres sont à la fois un excellent livre de piété et un modèle de prédication : à ce double titre, elles ont leur place marquée dans toute bibliothèque ecclésiastique. Or un livre est assuré d'un grand nombre d'éditions, moins encore lorsqu'il est beau-
1. « Si vous connaissiez le don de Dieul Si scires donum Deil Je me souviens de la beauté de ce sermon. » Lettre à madame de Grignan du 28 mars 1689.
2. « Le P. Bourdaloue fit un sermon le jour de Notre-Dame qui transporta tout le monde; il était d'une telle force, qu'il faisait trembler les courtisans, etc.. » Lettre du 5 février 1674.
coup lu, comme on dit, dans le grand public, que lorsqu'il s'adresse à une classe déterminée de lecteurs qui se renouvelle sans cesse et ne fait jamais défaut.
Nous avons déjà parlé de l'édition princeps^ celle du P. Bretonneau; nous en avons indiqué les principaux caractères. Cette édition, généralement appelée édition Rigaud, du nom du libraire chez qui elle se vendait, ne parut pas en une fois. Les premiers volumes, contenant les Avents et le Carême^ virent le jour en 1707, les derniers en 1721. Encore n'est-ce que postérieurement, en 1734, que parurent les Pensées^ en deux volumes, qui ne portent plus le nom de Rigaud, mais celui de CaïUeau, Le nombre total des volumes était ainsi porté à seize. A la fin de chaque volume se trouvent des analyses de tous les sermons qui y sont contenus, analyses généralement nettes, exactes et assez étendues, surtout celles des premiers volumes.
Le P. Bretonneau donna une seconde édition in-12 en 15 volumes; les Pensées n'y sont pas comprises. On remarque quelques différences entre cette édition et l'édition in-8**. Ainsi la fin de l'exorde du sermon pour le vendredi de. la deuxième semaine de Carême, sur V Enfer ^ se trouve un peu modifiée. ^
1. Édition in-12 : « Prêcher l'enfer à la cour, c'est un devoir du ministère évangélique, et à Dieu ne plaise que, par une fausse prudence, ou par un lâche assujettissement au goût dépravé de ses auditeurs, le prédicateur passe une matière si essentielle, et ce point fondamental de notre religion! N'est-ce pas même à la cour, plus que partout ailleurs, que cette grande matière doit être traitée, et traitée dans toute sa force, puisque c'est à la cour qu'on est le plus exposé à la malheureuse destinée du mauvais riche? Je ne viens point vous donner de vaines terreurs; je ne prétends rien exagérer ni rien outrer. Dans la chaire sainte où je parle, il n'est jamais permis de le faire, et la vérité que je vous annonce est déjà si terrible par elle-même, qu'il sufût pour vous remplir d'une salutaire frayeur de vous la proposer dans la simplicité de la foi. C'est ce que je vais faire, etc... »
Édition in-S® : « Prêcher l'enfer à la cour, c'est un devoir du ministère évangélique, et à Dieu.ne plaise que, par ime fausse prudence, ou par un lâche assujettissement au goût dépravé de ses auditeurs,
Au point de vue typographique, les deux éditions données par le P. Bretonneau sont loin d'être parfaites. Les fautes y sont en assez grand nombre, et nous devons ajouter que plusieurs d'entre elles ont été reproduites par beaucoup des éditions postérieures avec une regrettable fidélité.
La grande édition Lebel, dite aussi édition de Versailles (1812, 16 vol. in-8°), reste la plus estimée, la plus correcte et la plus complète. On y trouve, réunies aux autres œuvres de Bourdaloue, plusieurs de ses lettres jusque-là inédites ou dispersées, particulièrement celles qu'il écrivit à Santeul. Les éditeurs de Versailles ont aussi donné place dans le dernier volume aux passages les plus célèbres et aux jugements les plus autorisés sur Bourdaloue.
Ce dernier volume contient en outre une première table générale et alphabétique des matières, et une deuxième table des Pères et autres auteurs cités par Bourdaloue, avec une courte notice sur chacun d'eux.
Citons encore l'édition de Toulouse (1818-1819, 18 vol. in-12) ; celle que fit paraître Eug. deGenoudeà Paris en 1822 et les années suivantes (16 vol. in-8° et 20 vol. in-12) ; celle de Lyon (1823, 16 vol. in-8°); celle de Besançon et deParis(même année, même nombre de volumes); l'édition en cinq vol. in-8® parue à Paris en 1823-1824, et augmentée de notes critiques et historiques ; l'édition stéréotype d'Herhan (Paris, 1824, 22 vol. in-12); l'édition Poilleux (Paris, 1830), en tête de laquelle se trouve une notice intéressante de Labourderie; enfin l'édition Lefèvre, en 3 vol. in-4° à deux colonnes, qui fait partie de la collection du Panthéon litté-
le prédicateur passe une matière si esseutielle, et ce point fondamental de notre religion ! Mais aussi doit-il prendre garde, en l'annonçant, à qui il l'annonce, et à qui il parle. Aux peuples, cette vérité peut être proposée sous des figures sensibles : étangs de feu, gouffres embrasés, spectres hideux, grincements de dents. Mais à vous, mes chors auditeurs, qui, quoique mondains et charnels, êtes dans un autre sens les spirituels et les sages du monde, elle doit être expliquée dans la simplicité de la foi ; en sorte qu'on vous en donne une intelligence exacte et capable de vous édifier. C'est ce que je vais faire, etc..»
raire. Cette dernière édition est des plus fertiles en fautes d'impression.
Les Pensées ont été imprimées à part un très-grand nombre de fois. On a aussi à diverses reprises publié des Chefs-d'œuvre^ Sermons choisis, Morceaux choisis, de Bourdaloue. Citons notamment VEsprit de Bourdaloue, par l'abbé de La Porte (Paris, 1762).
Quant aux prétendus sermons inédits publiés à Paris en 1812, leur caractère apocryphe est démontré, et d'ailleurs saute aux yeux. Cette mystification malhabile ne mérite pas qu'on s'y arrête.
Au contraire, V Instruction donnée parle P. Bourdaloue à madame de Maintenon en 1688 et publiée en 1819 chez Firmin Didot par H. deC***, est parfaitement authentique. M. Lavallée l'a réimprimée dans la Correspondance générale ^ de madame de Maintenon, avec les notes que les dames ' de Saint-Cyr avaient jointes au manuscrit.
Les deux Avents et le Carême de Bourdaloue ont été triiduits en latin, quelques années après sa mort, par le. P. Louis de Saligny, jésuite (Angers, 1715, 5 vol. in-12); ses deux oraisons funèbres l'avaient été de son vivant par le P. Jouvency.
Beaucoup de critiques ont parlé de Bourdaloue. On n'attend pas que nous les nommions tous. Nous aurons l'occasion de citer ou de rappeler les jugements de Fénelon, de La Bruyère, de Voltaire, de l'abbé d'Olivet. Le cardinal Maury, dans son Essai sur r Eloquence de la chaire, a donné de Bourdaloue une appréciation d'ensemble, dont le fond est aussi juste que la forme en est heureuse ^,
Nous avons relevé une inexactitude historique de