BEAUX COTÉS DU XVII« SIÈCLE
mage rendu par Bourdaloue aux classes vraiment laborieuses, modestes et méritantes, que la contagion gagnera sans doute, mais qui n'en resteront pas moins le noyau solide de la nation, la partie intègre et sage, étrangère aux folies d'en haut et d'en bas, destinée à pâtir de toutes les fautes, et à les réparer. Au temps de Bourdaloue, et à mesure que le siècle avance, l'amour excessif du gain, le goût de la dépense, le libertinage pénètrent insensiblement jusque dans « ces médiocres états de vie ; » mais on y conserve encore le respect du foyer, la tradition du travail, l'esprit d'ordre, d'économie, de probité. La noblesse et l'opulence confondent dans un commun dédain les mœurs bourgeoises et les mœurs honnêtes; dédain honorable pour ceux qui le méritent et qui ont su par leur manière de vivre rendre ces deux expressions synonymes. Nulle part, d'ailleurs, le mal ne régnait sans partage. A des scandales trop fréquents, on peut opposer de beaux exemples. Alors que tant d'ambitieux convoitaient et obtenaient par l'intrigue les honneurs et les charges qu'ils ne méritaient pas, on voyait des hommes d'une haute vertu, les Pomponne, lesBeauvilliers, n'accepter qu'avec peine les fonctions les plus enviées, les remplir avec toutes les délicatesses du plus pur désintéressement, et les quitter enlBn sans regrets Pendant que l'intérêt et la rivalité allumaient tant de jalousies vindicatives et tant de haines implacables, la religion et la charité rétablissaient entre des familles longtemps ennemies, par exemple entre la duchesse de Béthune-Charrost, fille de Fouquet, et les duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Mortemart, filles de Colbert, une sainte concorde, qui force l'admiration même des détracteurs les plus malveillants*. La magistrature, trop souvent infidèle à ses devoirs, et dont l'organisation était pour les juges comme un engagement à la vénalité, comptait pourtant dans son sein des modèles d'intégrité et
1. Saint-Simon, t. Il, c. xix; t. XI, c. xi et xii. Voy. encore t. X c. VIII, p. 180; t. XII, c. XVII, p. 421, etc..