‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 326 sur 341 · Michelet, Louis XIV et le duc de Bourgogne, p · texte numérisé non relu

Michelet, Louis XIV et le duc de Bourgogne, p

de vertu, rhonneur de nos vieux parlements, les Lamoîgnon, les Seguier, les Le Fèvre d'Ormesson. Bourdaloae se plaît à discerner ces nobles âmes et à leur rendre hom* mage.

« Quoique je sois le premier à déplorer la triste décadence du christianisme, et quoique je déclame si souvent et si hautement contre les désordres qui y régnent,... je n'ai garde cependant de confondre le bon grain avec Tivraie, et, convenant avec vous qu'il y a des hypocrites, je n*en suis pas moins persuadé qu'il y a des âmes solidement et vraiment vertueuses. Non, mes frères. Dieu n'a point tellement abandonné son Église qu'il ne se soit réservé de parfaits adorateurs, comme autrefois il s'en réserva parmi les Juifs, lorsque cette aveugle nation tomba dans l'infidélité. Nous voyons encore des hommes tels que la religion les demande, et dont la vie exemplaire nous peut servir de modèle... Outre ceux ou celles que la Providence, par une vocation particulière, a renfermés dans les solitudes et dans les cloîtres, il y en a dans tous les états ; il j en a jusqu'à la cour : et si le libertin les méconnaît, ils ne feront pas moins devant Dieu sa condamnation, parce qu'il affecte de les méconnaître, parce qu'il ferme volontairement les yeux pour ne pas apercevoir ces lumières dont l'éclat l'importune en lui découvrant sa misère... Grâces immortelles vous en soient rendues. Seigneur, vous êtes encore connu en Israël, et votre saint nom est encore révéré sur la terre * l »

Des principes de vertu se mêlaient même aux défauts les plus justements reprochés aux nobles et aux grands. Lesentimentexcessif de l'honneur, la fierté de race, l'attachement profond aux glorieux souvenirs légués en héritage par les ancêtres, étaient souvent la source et Texcuse de la hauteur et de l'arrogance.

« Si, m'adressant ici à tant de grands qui m'écoutent, j*avais la témérité de leur dire que leur conduite dément leur grandeur, leur naissance, leurs ancêtres, leur rang, ils prendraient

1. Dominicales. 7« dim. ap. la Pentecôte, sur CHypocHsie^ {f par ^ie, t. VI, p. 217-218.

BEAUX COTÉ;? DU XYIl® SIÈCLE 505

ce que je dirais pour un outrage, et combien y seraient-ils sensibles M »

Les grands se résignaient cependant h d'étranges bassesses; mais ces excès de l'adulation ne doivent pus nous empêcher d'admirer la fidélité sincère au roi, le zèle, le courage et le dévouement qu'on mettait à le servir,

0 Dès qu'il faut marcher pour le service du prince à qui nous nous faisons tous gloire d'obéir,... au premier bruit de la guerre qui commence à se répandre, chacun s'engage, chacun pense à se mettre en route; point de raison qui le retienne, point d absence qui lui coûte, et dont il ne soit résolu de supporter tout l'ennui. Si j'en doutais pour vous, je vous offenserais... Avec quelle promptitude vous verra-t-on courir au premier ordre que vous recevrez, et que vous vous estimerez heureux de recevoir! Quiconque aurait un moment balancé serait-il digne de vivre? oserait-il paraître dans le monde? n'ea deviendrait-il pas la fable et le jouet 2? »

C'est, en effet, par son héroïque bravoure, par son ardeur chevaleresque à braver la mort pour la gloire et pour la défense du roi, que la noblesse répare la frivolité de sa vie, la légèreté de ses mœurs et les bassesses de sa courtisanerie. A la frontière et sur les champs de bataille, elle lave dans son sang les humiliations et les hontes de la cour.

Mais ce qui relève surtout le dix-septième siècle, ce qui constitue son originalité morale, c'est qu'en dépitdudé-' règlement, malgré toutes les défaillances et tous les compromis, malgré la piété convenue et hypocrite, une forte sève

1. Mystères. 2« serm. sur r Annonciation de la Vierge^ 3« partie, t. XI, p. 100-101.

2. Can*inc. Dim. de la 1'° semaine, sur les Tentations^ 1" partie, t. 11; p. 159. — V. encore le compliment au roi qui termine le sermon pour la Toussaint (Mystères). « Le dirai-je, sire, avec la respectueuse liberté que me fait prendre mon ministère ? votre peuple n'en est pas indigne; car jamais peuple sous le ciel n'a tant aimé son roi, »> etc., t. XI p. 316.

chrétienne circulait encore dans la société tout entière. A côté du clergé mondain et corrompu que Bourdaloue nous a fait connaître, il y en avait un autre pur, vertueux, saint, vivifié par ce grand courant de la réforme catholique qui traverse le dix-septième siècle, refoule le protestantisme, contient l'incrédulité et donne à l'Église tant de fécondité et d'éclat. Sans parler des prélats les plus illustres, des Fénelon, des Bossuet, desMascaroo, un grand nombre contrastaient heureusement avec ces évèques joueurs et libertins que nous avons vus : c'étaient Goislin à Orléans*, Saint-Georges à Lyon ', Montgaiilard à Saini- Pons % et à Chartres, Godet, le sage directeur de madame de Maintenon, et qui, s'il n'était de « petite naissance » et ancien élève de Saint-Sulpice, obtiendrait de Saint-Simon une admiration sans réserve^. Appliquons à tous ces vrais évêques l'éloge mérité^ que Bourdaloue faisait de Peydeau de Brou, évêque d'Amiens, quand il l'appelait a un prélat aussi éclairé que zélé, aussi fervent que vigilant, aussi aimable que vénérable; un prélat plein de vigueur et de force pour faire observer la discipline, mais enmfime temps plein d'onction et de douceur pour la faire aimer ;••• un prélat dont la saine doctrine, la solide piété, la vie édifiante lui ont mérité l'auguste rang qu'il tient ; et qui, sans cesse occupé de ses fonctions, n'a en vue que la gloire de Dieu, que les intérêts de Dieu, que l'accroissement da culte de Dieu ; enfin un prélat qui, dévoué aux travaux apostoliques, et, selon l'expression de saint Paul, n'estimant pas sa vie plus précieuse que lui-même, sacrifie tous les jours sa santé aux exercices de son mimstère, à consacrer de dignes sujets et à les former pour servir utilement à son Église, à visiter les ouailles que la Providence lui a confiées, à sanctifier son peuple et h le conduire dans le

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