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LE SENTIMENT RELIGIEUX AU XVII*' SIÈCLE

' cheinin de la perfection chrétienne : Parare Domino piebem perfectam (Luc, I)*. »

Bourdaloue constate encore que les séminaires qui se multiplient envoient dans les paroisses des prêtres à la hauteur de leur mission, et diminuent le nombre des ministres incapables ou indignes^ En même temps des ordres religieux nouveaux ou régénérés par le retour à la discipline attirent une foule d'âmes qui, sollicitées par une vocation toute pure, viennent y goûter Taustère bonheur de la contenaplation, de la prière et du détachement le plus absolu. L'abbé de Rancé, dans les Constitutions de la Trappe, demandait à la nature humaine la plus prodigieuse immolation d'elle-même que l'imagination pût concevoir, et cette immolation était .consentie pair; des victimes volontaires qui venaient en grand nombre se soumettre à cette règle terrible. Plusieurs communautés de femmes, les carmélites, introduites en France par M. de BéruUe, la Visitation, fondée par saint François de Sales et par sainte Chantai, se remplissaient tous les jours « de sujets distingués, et par la splendeur de leur naissance, et par le mérite de leur personne ', » qui « édifiaient le monde par la perfection d'une vie plus angélique qu'humaine *. » Une des preuves les plus sensibles de la force et de la vitalité du sentiment religieux au dix-septième siècle, c'est que le goût de la retraite n'était pas seulement ressenti par les âmes qui se consacraient à la vie religieuse. Beaucoup de chrétiens réguliers, mais vivant au milieu du monde, conservaient et pratiquaient l'usage de faire des retraites sincères, effectives; usage si conforme aux traditions et à l'esprit du christianisme. Saint-Simon quittait de temps en

1. Panégyriques. Serm. pour la fête de saint Jean-Baptiste; fin, t. XII, p. 281-282.

2. Voy. les deux Exhortations sur la Charité envers un séminaire^ t. VIT!.

3. Panégyriques. Serm, pour la fête de saint François de Sales, 2« partie, t. XII, p. 213.

4. Sermons pour des vêtures. 4« sermon, sur VÈtat religieux^ irc partie, t. XIII, p. 217.

o08 LA PEINTURE MORALE

temps la cour, et s'en allait furtivement à la Trappe passer quelques jours dans la solitude et les exercices de piété. Le maréchal de Bellefonds, Tami de Bossuet, ficdsait de même, quoique plus ouvertement, jusqu'au jour oh il renonça à tous les emplois et à toutes les préoccupations mondaines. Au milieu même du tracas et de la dissipation des affaires, beaucoup restaient assez sérieusement chrétiens pour souhaiter d'avoir une règle de vie, et de s*y conformer. Us s'adressaient à quelque prêtre renommé pour ses lumières, lui faisaient connaître les nécessités et aussi les périls de le#r condition, et lui demandaient une méthode pratique pour accorder les exigences de leur état et celles de leur salut. De là ces lettres de direction si fréquentes au dix-septième siècle, et dont nous trouvons plusieurs dans les œuvres de Bourdaloue sous le titre. d'/nst}'U€twn's *.

11 y avait peu d'âmes si coupables et si débordées qol ne conservassent tout au fond d'elles-mêmes un reste de religion, et, comme dit Bourdaloue, des «racines de foi '.i C'était une foi stérile, sans doute, une foi endormie; mais clic se réveillait à ses heures, et Vâme tressaillait sons l'aiguillon. A combien de pécheurs Bourdaloue ponvait dire :

« La foi est languissante dans votre cœur, et même elle y parait absolument éteinte, il est vrai ; mais, après tout, jusque dans votre infidélité, si vous voulez bien sonder le fond de votre conscience, et prêter l'oreille à sa voix, vous trouverez qu'il y a toujours certains remords intérieurs que vous sentez au moins de temps en temps, et que font naître malgré vous mille objets dont vos yeux sont frappés. Vous trouverez qu'il y a toujours certains retours qui vous piquent, certains doutes qui vous troublent, certaines inquiétudes que vous portez dans le secret de Tàme, et que la dissipation du monde ne peut tellement assoupir, qu'elles ne se réveillent quelquefois, et lorsque

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