LE SENTIMENT RELIGIEUX AU XVIF SIÈCLE
VOUS vous y attendez le moins. Vous trouverez qu'il y a toujours certaines vues qui vous surprennent à certains moments, et qui vous saisissent tout à coup; certaines frayeurs subites qui vous alarment au milieu même ou de vos affaires humaines, ou de vos divertissements les plus profanes. C'est ce que vous avez éprouvé en bien des rencontres, ce que vous éprouvez encore : et là-dessus je ne veux point d^autres témoins que vous. Or qu'est-ce que tout cela que des principes de foi, quoique éloignés, dont il ne tient qu'à vous de profiter * ? y>
On en profitait tôt ou tard. Beaucoup attendaient le déclin, peut-être les derniers jours; d'autres ne différaient pas si longtemps, et, comme la comtesse de Grammont, retournaient à une solide dévotion « avant que Tâge, le monde ni le miroir les pussent faire penser à changer de conduite^. » Un jour venait où Tâme, ébranlée par le coup de la grâce, renonçait à la mondjinité, se consacrait à la pénitence, et tournait toutes ses pensées vers Téternité. Alors on voyait « des hommes sans religion, des athées de créance et de mœurs, tellement confirmés dans leurs désordres, qu'à peine tous les miracles suffiraient pour les en retirer, » par un « changement également prompt et sincère, » « rentrer dans les voies de Dieu : » «Illustres exemples, continue Bourdaloue, exemples récents que nous avons vus et que nous avons admirés^. »
Ainsi l'on s'abandonnait au mal, on s*y jetait souvent avec fureur; mais on ne s'y livrait ni sans combat, ni sans retour. Pourêtre juste envers le dix-septième siècle, il ne faut l'appeler absolument ni le siècle de la vertu, ni le siècle de la corruption ; il faut l'appeler le siècle des grands repentirs, ce qui suppose tout à la fois et de graves désordres, et de puissantes énergies morales pour les réparer. C'est là le trait dominant des mœurs de cette époque, et ce qui les
1. Dominicales. 4« dim. ap. la Pentecôte, sur les Œuvres de la foi, lin, t. VI, p. 147.