Saint-Simon
3. (laivmc. Mercredi de la l^o semaine, sur la Religion chrétienne^ irc partie, t. II. p. 222.
distingue profondément de celles des temps gui suivirent. Au dix-huitième siècle, la licence sera, sinon plus scandaleuse, du moins plus générale encore, et Ton ne se repentira plus.
Ces conversions exemplaires, ces repentirs héroïques, comment ne point les attribuer pour une grande part aox prédicateurs qui, pendant tout le règne de Louis XIY, ont fait retentir la chaire chrétienne de tant de discours éloquents? Qui saura jamais combien d'âmes pécheresses ont été ramenées à Dieu par le seul Bourdaloue? Mais si les orateurs sacrés agissent sur leur temps, leur temps se reflète en eux ; les caractères de leur prédication dénotent l'état des esprits qu'ils s'efforcent de convaincre et des cœurs qu'ils réussissent à convertir. Or, nous l'avons dit, ni la prédication austère de Bourdaloue, toute de dialectique et de théologie morale, n'eût été possible, ni l'admiration soutenue qu'il obtint durant toute sa carrière dans l'élite de la société d'alors, ne pourrait s'expliquer, si les âmes n'eussent conservé, au milieu de tous les dérèglements, un respect profond et un goût sérieux des grandes vérités morales et religieuses, si elles n'eussent été encore toutes pénétrées de christianisme. Ainsi Bourdaloue, par son existence même, par la nature et par les succès de son enseignement chrétien, rend témoignage en faveur de son siècle. Ses sermons révèlent, on sait avec quelle précision vigoureuse, des vices de toute sorte, une corruption déjà profonde, une décadence générale et prompte, qui annonce et prépare le dix-huitième siècle. Mais ce qui fait bien sentir que nous ne sommes pas encore au dix-huitième siècle, ce qui corrige heureusement tous les justes reproches que Bourdaloue prodigue aux grands qui l'écoûtent, au clergé, à la cour, au roi lui-même, ce qui atténue sans les eflacer tant de vérités accablantes, c'est qu'il se soit rencontré un pareil prédicateur pour les dire, et, pendant trente-quatre ans, un pareil auditoire pour les entendre.