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CONCLUSION DE LA TROISIÈME PARTIE

On vient de voir, par les pages qui précèdent, la grande place qu'occupe la peinture morale dans la prédication de Bourdaloue. Il nous a semblé que cette peinture exacte, complète, sévère, mais équitable, impersonnelle, mais précise, pleine de force, de liberté et de hardiesse, n'était pas, même aujourd'hui, dénuée d'intérêt.

Pour les contemporains, on le comprend sans peine, l'intérêt était bien plus vif encore. L'abbé d'Olivet nous a dit que les « portraits » furent dans les sermons de Bourdaloue ce que l'on remarqua tout d'abord, ce qu'on goûta davantage, ce que les « mauvais copistes » imitèrent à l'envi. Bourdaloue lui-même se plaint que ces mérites de moraliste pénétrant et de peintre fidèle soient les seuls qu'on apprécie chez les prédicateurs.

« On ne veut plus, dit-il, qu'une morale délicate, une morale étudiée qui fasse connaître le cœur de l'homme, et qui serve de miroir, où chacun, non pas se regarde soimême, mais contemple les vices d'autrui : et qui sait si cette morale n'aura pas enfin le même sort, et si elle ne perdra pas bientôt cette pointe qui la soutient * ? »

Il est piquant d'entendre Bourdaloue reprocher à ses contemporains et traiter dédaigneusement, comme une mode passagère, un goût qu'il avait le premier pleinement satisfait. Mais pourquoi ce goût était-il, selon son propre témoignage, si général et si prononcé? Gomment l'introduction de la peinture morale dans le sermon répondait-elle parfaitement aux tendances et au génie même du dix-septième siècle ? C'est ce qui nous reste à déterminer.

D'abord, nous l'avons dit, on ne saurait mettre en doute l'appât qu'offraient les « portraits » de Bourdaloue

1. Carême. Dimanche de la 5*» semaine, sur la Parole de Dieu, ire partie, t. IV, p. 14.

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à la cariû«Lté coritemporaine. souvent trompée, mais qui ne croyait pa.s l'être. Madame de Sévigné redoubla d'onpre«:a>;DQeot poar aller l'eatendre. quand elle soi qall â'était m» r( à dépeiadre les gens, i — « Il frappe toujours comme an soard, cerivaît-eLie pins tard, disant desT&ntés a bride abattue, pariant à tort et à travers contre Tadoltère; sauve qui peut, il va toujours son chemin '.a Madame de Sévîgné prenait un malin plaisir à voir les « sanve qui peut. }) Elle était très-friande de ces piquants speclades. Un peu de scandale même ne lui eût pas déplo : elle se promettait que Bossuet lui en donnerait le r^ial le jour oii il prononça le sermon pour la prise de voile de mademoiselle de La Vallière. Un malentendu la priva d'assister à cette cérémonie : mais elle en eut des nouvelles et s'empressa de faire connaître à sa fille le désappointement que le sermon de Bossuet avait causé à plnsiears : « Le sermon de M. de Condom, écrit-elle, ne fut pas aussi divin qu'on Tespérait '. » Bourdaloue et ses portraits lui semblaient bien plus (( divins. »

Madame de Sévigné était curieuse, et tout le monde autour d'elle l'était comme elle. L'expérience ne nous l'a que trop souvent appris, le despotisme en France développe toujours, jusqu'à la manie, le goût des allusions : on les désire, on les attend, on les prévient, on les cherche sous tous les mots, et, parce qu'on les cherche, on les trouve. Nul doute qu'on ne se plût à en découvrir beaucoup chez Bourdaloue, même quand il n'y songeait pas.

Âlais cet aliment offert à la curiosité, ce goût des allnsloriB particulières, ce ne sont là en quelque sorte que les petits côtés par où la peinture morale plaisait aux contemporains de Bourdaloue : il y avait entre cette peinture et Tesprit du dix-septième siècle des convenances, des affinités bien plus étroites.

Quand on cherche à démêler quel est le caractère

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