Uttrc du 5 juin
CONFORMITÉ AVEC LA LITTÉRATURE DU TEMPS ol**
essentiel, l'inspiration maîtresse de toute la littérature du
dix-septième siècle, on trouve qu'elle peut tout entière
se ramener à ce thème unique : Tétudeet la peinture de
l'âme humaine. Dans les genres les plus divers, sous les
formes les plus variées, ce que tous observent, analysent,
approfondissent, représentent, c'est le cœur de l'homme.
Dans la poésie, où est la veine sans cesse exploitée et
toujours féconde, la source jaillissante et intarissable? aU
théâtre. Peu de poètes lyriques ; un seul poëte en qui le
sentiment de la nature se marie à l'inspiration morale,
La Fontaine; quelques satiriques, moralistes en vers;
mais surtout la tragédie où palpitent les passions, la
comédie ou se dessinent les caractères, voilà les genres
que le dix-septième siècle développe et semble épuiser
par une admirable succession de chefs-d'œuvre. En
prose, si vous exceptez le puissant et universel génie
de Bossuct, peu d'historiens véritables ;' mais une foule
d'auteurs de Mémoires, moins curieux d'exposer les grands
événements, d'en déterminer les causes et d'en chercher les lois, que de peindre les acteurs, tous pleins de ca-^
ractères et de portraits, depuis Retz et La Rochefoucauld jusqu'à Saint-Simon, qui ferme le siècle par cette fresque immense, dont les couleurs ne vieillissent pas après deux cents ans, et où l'on ne sait ce qu'il faut admirer davantage, de la sagacité^ implacable de l'observation ou de la fougue indomptée du pinceau ; puis des théologiens, des polémistes de Sorbonne, qui se servent encore des armes de la scolastique, mais qui livrent sur le terrain de la morale leurs plus grands combats; des philosophes, tous plus ou moins imbus de l'esprit de Descartes, tous commençant par une étude méthodique et attentive de l'âme humaine, pour s'élever ensuite de la connaissance de rhomme à la connaissance de Dieu, tous plaçant dans la psychologie le point de départ de la métaphysique ; surtout des prédicateurs et des moralistes qui se pressent innombrables, apportant à l'homme mille vives images de lui-même, et se disputant le prix de la pénétration et
de la profondeur : dans la première période du BÎëcle, les moralistes généraux, ceux qui s'attachent à connaître l'homme en lui-même, Pascal, Bossuet, La Rochefoucauld, Nicole ; dans la suite , avec La Bruyère et notre Bonfdaloue, ceux qui représentent plutôt les caractères et les mœurs des contemporains, le cœur- humina toujours, mais le cœur humain, pour ainsi dire, sous le costume du dix-septième siècle.
Ainsi, Tétude approfondie et la vive peinture de l'homme, de Tâme et de la vie, soit dans les traits essentiels et permanents de la nature humaine, soit sous les formes passagères de la société du temps, voilà le grand et unique sujet que le dix-septième siècle a partout traité. C'est pourquoi sa littérature est, par le fond des choses comme par la perfection de la forme et du langage, une littérature vraiment classique et universelle.
Tous les éléments qui ont concouru à former ce grand siècle, toutes les influences principales gui Font dominé, se réunissaient pour lui imprimer cette direction. Nous avons déjà marqué en passant une de ces influences prépondérantes, le cartésianisme, cette philosophie qui se constitue toute entière sur l'étude directe et sur la connaissance du moi. Quoique le cartésianisme ait surtout renouvelé les sciences et la métaphysique, on ne peut douter qu'il n'ait puissamment contribué à ramener, à concentrer pour ainsi dire l'attention de Thomme sur luimême. Le Discours de la Méthode était d'abord intitulé Histoire de mon esprit.
Toutefois, pour que le cartésianisme ait jeté des racines si profondes, il faut que le germe soit tombé dans un terrain merveilleusement propice et préparé à le recevoir. Le cartésianisme est un effet, un symptôme, en même temps qu'une cause. Il ne suffit donc pas à expliquer ce caractère psychologique et moral de toute la littérature; il révèle lui-même des causes antérieures, plus générales et plus essentielles.
La première de toutes doit être cherchée dans la nature