T. VII, p
3 . Voy. eucore, dans le sermon sur la Sévérité de la Pénitence^ un passage qui contient to\it le sujet du sermon sur la Pénitence (2o Avent). « Oui, mes frères, en quoi consiste, etc.. t. I, p. 150.
FÉCONDITÉ DE BOURDALOU.E 7i
ter le point qu'il traite. « Avançons, » s'écrie-t-il enfin, comme pour s'exhorter lui-même.
« Le caractère propre de Bourdaloue, remarque trèsjustement M. Sainte-Beuve, c'est qu'il rassasie. » Oui, il rassasie le lecteur; mais lui n'est jamais rassasié : il ne se trouve jamais assez complet. De là, quand il arrive aux peintures des mœurs et aux applications pratiques, cet amour du détail, ce soin scrupuleux de ne rien omettre, ces énumérations parfois chargées et méticuleuses, parfois un peu diffuses et redondantes, mais qui révèlent un fonds inépuisable d'observation et d'expérience.
Il faudrait des citations bien longues pour montrer chez Bourdaloue cette abondance minutieuse du moraliste et du directeur. Nous aurons ^occasion d'en faire quelques-unes. Mais ce n'est qu'en lisant avec attention et lenteur des sermons entiers qu'on apprend à connaître cette fécondité de logique, cette invention riche et savante, qui découvre les arguments, les appuie sur des principes solides, les multiplie, les enchaîne, et fait du discours un ensemble à la fois si vaste et si compacte, un tissu si serré dans son ampleur. Aussi M. Yillemain a-t-il pu dire de Bourdaloue « qu'il avait retrouvé ce génie de l'invention qui formait la faculté dominante de l'orateur politique ou judiciaire, faculté peut-être plus rare que cette imagination de style qui se rencontre quelquefois avec l'impuissance de saisir et d'enchaîner les parties diverses d'un ensemble unique ; » et c'est pourquoi encore l'éminent critique ne craint pas d'appeler l'art de Bourdaloue « un art prodigieux *. »
La principale source de cette fécondité, c'est la méthode rigoureuse qui dirigeait le prédicateur dans la composition de ses sermons. Quelle que soit la variété que la différence des sujets et des circonstances apporte dans la disposition particulière des divers discours, tous sont conformes à un certain type, parfaitement net et précis, tous se déroulent suivant un ordre identique.
1. Discours prononcé à l'ouverture du Cours d'éloquence française, décembre 1822.
Voici en général, et sans préjudice de la diversité et de la multiplicité des points de vue que chaque sujet peut comporter, la marche à peu près invariable des sermons de Bourdaloue :
Indication du texte, qui n'est pas seulement une sorte d'épigraphe inscrite en tête du discours, mais qui doit l'amener, en être le point de départ.
Exorde, destiné à rattacher le texte au sermon luimême, où le sujet se détermine et qui s'achève par la chute de VAve.
Proposition, déjà indiquée, quelquefois très-nettement, dans l'exorde, mais qui se précise par la division : celle-ci est à son tour plusieurs fois reprise, exprimée sous diverses formes, qui la rendent de plus en plus claire et distincte.
Enfin le prédicateur aborde successivement les divers points indiqués : dans chacun d'eux se rencontrent deux séries de développements, les uns formant la doctrine et la démonstration, les autres comprenant les peintures ou les exhortations morales, ceux-ci toujours amenés par ceuxlà, de sorte qu'on passe naturellement de la théorie à la pratique, de l'explication à l'application. Outre cette disposition générale, le développement même suit une marche régulière, qui n'est autre que, la décomposition successive des idées : l'orateur établit des subdivisions qui comportent elles-mêmes des distinctions nouvelles infiniment variées dans leur nombre et dans leur nature, lesquelles partagent sans cesse une proposition plus compréhensive en quelques autres qui le sont moins. En un mot, soit dans la succession des divers ordres d'idées, soit dans la suite du développement, une direction uniforme et rigoureusement logique conduit toujours la pensée de l'abstrait au concret, du général au particulier.
Telle est l'économie de presque tous les discoui*s qu'a prononcés Bourdaloue, sans en excepter même les Panégyriques et les Oraisons funèbres. Sans doute le cadre général appartient au genre lui-même, non au prédicateur; il est