CHOIX DU TEXTE
les Grecs et les Romains ne connurent cet usage *. » On croira aisément Voltaire sur ce dernier point, les anciens n'ayant jamais connu le genre même du sermon, et c'est pourquoi il est fort bizarre d'invoquer en pareille matière l'exemple « des Grecs et des Romains. » Considérée au point de vue chrétien, « cette coutume » a un sens et une raison d'être que Voltaire ne soupçonne pas. C'est en effet la doctrine constante de l'Église, que le prêtre ne parle pas en son nom mais au nom de Dieu même. Il n'expose point un système ou une doctrine qui lui soit propre : il annonce la parole divine, il en est l'interprète, le dispensateur. S'il commence tous ses discours par une citation empruntée aux livres inspirés de Dieu, et de préférence au livre des livres, à l'Evangile, c'est pour manifester qu'il n'est que l'organe de la vérité révélée, c'est pour faire entendre ce que disait saint Paul : « Mes frères, je vous prêche Jésus. » De plus, l'Église a réparti les épîtres et les évangiles de telle sorte que chaque jour quelquesuns des enseignements contenus dans les saints livres fussent rappelés au peuple chrétien : si le prédicateur emprunte son sujet à l'office du jour, s'il s'inspire de la fête ou du mystère qui se célèbre dans le temple, il se conforme pieusement à l'esprit de l'Église, et ainsi les fidèles pourront parcourir, avec l'année ecclésiastique, un cercle complet d'enseignement religieux.
Bourdaloue ne s'affranchit jamais de ces convenances chrétiennes. Presque invariablement, c'est à l'Évangile du jour qu'il demande, avec un texte, l'indication d'un sujet. Quand l'ensemble de cet évangile semble imposer au choix du prédicateur un point de dogme ou de morale, Bourdaloue n'a garde d'aller chercher autre chose. C'est ainsi que, dans les deux Avents qui nous restent, le sermon pour le premier dimanche traite du jugement dernier. Plus souvent, dans cette page détachée du texte sacré, l'esprit attentif du prédicateur distingue une phrase ou deux qui lui