CHOIX DU TEXTE
tière d'un enseignement pratique. « Gbntentons-nous de dire que, dans l'exemple de Marie, le Sauveur du monde voulut donner aux pères et aux mères une excellente leçon de la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard de leurs enfants, surtout en ce qui regarde le choix de l'état oii Dieu les appelle. » Bourdaloue traitera donc ce jour-là Du Devoir des phes par rapport à la vocation de leurs enfants * .
Il serait facile de multiplier les exemples. Qu'on lise l'exorde et la proposition de tous les sermons qui composent soit les deux Avents, soit le Carême^ soit les Dominicales, on se convaincra que, presque partout, le premier travail de conception est le même, que le texte est toujours le point de départ, l'occasion naturelle du sermon, ou plutôt que le sujet n'est qu'une application heureuse et précise de ce texte aux besoins moraux et spirituels de l'auditoire.
On pourra, il est vrai, nous opposer plus d'un discours où le texte ne se rapporte au sujet que par une application subtile et détournée, où, bien loin de donner en quelque sorte naissance à tout le reste, il semble cherché et trouvé après coup, comme ces exordes que certains écoliers n'écrivent qu'après avoir achevé la péroraison. Mais c'est ici que l'exception confirme la règle. Presque aucun des discours que cette critique peut atteindre ne trouve place parmi les sermons proprement dits ; tous, ou peu s'en faut, appartiennent au recueil des Oraisons funèbres ou à celui des Panégyriques. Quand Bourdaloue ne peut demander à un évangile déterminé un texte pour en tirer un sujet, quand il lui faut le choisir arbitrairement pour l'appliquer à une matière imposée d'avance, alors seulement ce choix devient moins juste et moins sûr, tant il est vrai que Bourdaloue s'est fait une méthode rigoureuse, qu'il suit toujours la même route régulière, et que, si quelque circonstance extraordinaire l'oblige à prendre une autre voie, son allure devient moins ferme et sa démarche moins assurée.
K. Dominicaîes, t. V, p. 1.
C'est assez dire que la critique de Fénelon, relative au choix du texte, n'atteint guère Bourdaloue. On sait qu'au début des Dialogues sur V Éloquence un des interlocuteurs, celui qui défend la mauvaise cause, et que Fénelon désigne par la lettre B, admire beaucoup, dans un sermon prononcé le mercredi des Cendres, le choix ingénieux de ce texte : Cinerem tanquam panem manducabam. L'interlocuteur A, l'avocat de la vérité, lui démontre fort justement que cette citation est prise dans un sens tout arbitraire, que l'application n'en est ni légitime ni naturelle, et que le prédicateur eût mieux fait de prendre dans l'évangile ou dans l'office du jour un texte qui eût un rapport direct avec la cérémonie. Ce prédicateur n'est pas Bourdaloue : je croirais plus volontiers que Fénelon, ici, s'est souvenu de Mascaron ou de Fléchier. Bourdaloue, nous le verrons, a quelquefois le tort d'abuser des textes en les détournant de leur vrai sens; mais c'est dans le corps du discours, quand il invoque les auteurs sacrés : le choix qu'il fait du texte premier ne mérite pas cette critique.
Voltaire, qui n'aurait pas voulu que Bourdaloue s'assujettît à prêcher sur un texte, ajoute, pour justifier ce regret : « En efTet, parler longtemps sur une citation d'une ligne ou deux, se fatiguer à corapassertout son discours sur cette ligne, un tel travail paraît un jeu peu digne de la gravité de ce ministère. Le texte devient une espèce de devise, ou plutôt d'énigme, que le discours développe ^ » Ce raisonnement ne donnera le change à personne : qui ne voit qu'un gros sophisme essaie de se glisser à la faveur du mot sur plusieurs fois répété? Non, de ce qu'on prêche sur un texte, c'est-à-dire à propos d'un texte, en y cherchant même, comme fait Bourdaloue, l'indication générale du sujet, il ne s'ensuit pas qu'on parle longtemps sur une citation d'une ligne ou deux, ni qu'on se fatigue « à compasser « tout son discours sur cette ligne. Quelques prédicateurs de mauvais goût pouvaient encore, au dix-septième siècle,