Siècle de Louis XIV, cliap. xxxri, des Beaux- Arts
chercher le puéril mérite d'un pareil tour de force : Bourdaloue Ta fait une fois, une seule, dans son panégyrique de Marie-Madeleine*, où il faut convenir que le texte est une « énigme » développée au prix de subtilités beaucoup trop ingénieuses. Voltaire eut-il donc la mauvaise fortune de n'avoir lu ou de ne se rappeler que ce seul panégyrique parmi les cent cinquante discours qui nous restent de Bourdaloue?
Ce n'est donc pas notre prédicateur qui peut motiverla plaisante sollicitude que Voltaire témoigne pour la « gravité )) du saint ministère. Le plus souvent il abandonne le texte après avoir amené le sujet, et c'est ensuite dans ce sujet envisagé en lui-même qu'il cherche une division rationnelle et féconde.
Mais d'abord est-ce avec raison que Bourdaloue a conservé l'usage de la division ? Nous allons rencontrer encore Voltaire d'accord cette fois avec Fénelon.
Selon Voltaire, (d'habitude de diviser toujours en deux ou trois points des choses qui, comme la morale, n'exigent aucune division, ou qui en demanderaient davantage,
l.T. XIII, p. 1. Voici le texte de ce panégyrique : n Et ecce mulier erat in civitate peccatrix, ut cognovit quod Jésus accubuisset in domo Pharisxiy attulit alabastrum unguenti, et stans rétro secus pedes ejus^ lacrymis cœpit rigare pedes ejus, et capillis capitis sui ter g ébat. .» (Luc, ch. VII.) Bourdaloue veut trouver presque dans chaque mot de ce passap^e quelqu'un des caractères de la vraie pénitence. Un de ces caractères, par exemple, c'est de faire servir à la vertu et à la piété nos corps, dont nous avions fait des instruments de péché. Bourdaloue développe ce point en commentant le membre de phrase lacrymis cœpit rigare pedes ejus. « Les yeux de Madeleine avaient été comme les premiers organes de ces honteuses passions, qui commencent dans les âmes mondaines par la curiosité de voir et d'être vu; mais si ses yeux l'avaient perdue, c'est de ses yeux qu'elle tire ce qui doit contribuer à la sauver. Ses yeux avaient allumé dans son cœur l'amour du inonde, et c'est par les pleurs qui coulent de ses yeux qu'elle l'éteint, » etc...., p. 20.
comme la controverse, est encore une coutume gênante que le P. Bourdaloue trouva introduite, et à laquelle il se conforma *. » Je ne reconnais pas dans ces lignes la netteté si justement vantée de Voltaire, et j'avoue ne me rendre compte ni de la portée, ni même du sens précis de cette critique. N'attachons pas trop d'importance à une phrase sans doute légèrement jetée, et ne prenons pas, pour trouver la valeur de l'objection, une peine que l'écrivain luimême n'a pas jugé à propos de se donner 2.
Nous devons à la critique de Fénelon un examen plus sérieux. Le caractère du saint prélat, l'éloquence touchante qu'il a lui-même atteinte, et dont il ne nous reste que des monuments trop peu nombreux, mais admirables, le crédit qu'ont toujours obtenu et que méritent souvent ses spirituels Dialogues^ tout donne à l'opinion de Fénelon un poids et une autorité qui ne permettent pas de passer devant une critique aussi grave sans nous y arrêter.
Fénelon n'approuve pas les divisions en usage dans le sermon. De la discussion qui s'engage sur ce point ', et que