Siècle de Louis X/F, c. xxxii, des Beaux-Arts
2. On n'est jamais bien venu à dire qu'on ne comprend pas Voltaire. Cependant, je dois le confesser humblement, j'ai beau relire ces lignes, il m'est impossible d'y trouver aucun sens. Que veut dire: « la morale n'exige aucune division? » Pourquoi? quelle est cette proposition singulière qui semble être pour Voltaire un axiome? Et quel rapport y a-t-il d'ailleurs entre cette proposition générale et un sermon qui traite d'un point particulier de la morale? — « La controverse en demande davantage : » peut-être dans un débat contradictoire où l'on est obligé de conformer son argumentation à celle de la partie adverse ; encore n'est-il pas mauvais, même alors, de classer les arguments, de les distribuer et de les grouper sous quelques chefs distincts. Mais qu'un orateur sacré prêche une vérité dogmatique, pourquoi la controverse l'empêcherait-elle de distinguer deux ou trois points de vue qui partagent rationnellement la proposition générale ? Il réfute les objections cheipin faisant, s'il les rencontre ; la controverse rentre, s'il y a lieu et selon les besoins, dans chacune ou dans quelqu'une des parties; elle se conforme, en un mot, à la division; ce n'est point du tout la division qui se conforme aux exigences de la controverse.
3. Second dialogue^ p. 203 sqq. de l'édition Despois (chez Delàgrave). Je me sers à dessein de cette petite édition classique, faite avec
DE L'USAGE DES DIVISIONS 8i
la forme même du dialogue rend nécessairement un peu confuse et morcelée, deux objections se dégagent. C'est d'abord que la division n'établit qu'un ordre apparent, arbitraire, qui, bien loin d'assurer l'unité véritable, la compromet et la brise. « Le sermon d'avant-hier, celui d'hier et celui d'aujourd'hui, pourvu qu'ils soient d'un dessein suivi, comme les desseins d'Avent, font autant ensemble un tout et un corps de discours que les trois points de ces sermons font un tout entre eux. » De plus, les divisions nuisent à la progression ; a elles coupent le discours en deux ou trois parties qui interrompent l'action de l'orateur et l'effet qu'elle doit produire. »
Fénelon n'a-t-il pas fait la critique d'un sermon mal divisé, plutôt que celle des divisions mêmes? Nul doute que les divisions ne puissent être arbitraires et envelopper dans une apparente et fausse unité des sujets fort différents. Mais, répond fort bien Blair dans une page judicieuse de SQiRhéthorîoue^ « lorsque Tunité se trouve ainsi rompue^ ce n'est pas à la division elle-même qu'il faut l'attribuer, mais à la nature des sujets divers que l'orateur traite sous ces différents titres. Si, au contraire, la division est bien faite, si les titres, bien déterminés et bien distincts, rentrent tous dans le sujet principal, au lieu de rompre l'unité de l'ensemble, ils le rendront plus facile à saisir et plus complet, en montrant comment toutes les parties du discours se lient l'une à l'autre et tendent au même but *. » Fénelon paraît croire qu'il est impossible de diviser un sujet sans en traiter plusieurs. On ne saurait cependant contester que des questions toujours très-générales, comme celles qu'on traite en chaire, ne comportent des points de vue divers, parfois en nombre infini : quand le prédicateur choisit deux ou trois de ces points de vue, c'est toujours la même vérité qu'il envisage, mais de différents oô»-
beaucoup de soin, et dont les notes abondent en rapprochements ingénieux, en observations pleines d'une critique judicieuse et piquante.