‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 53 sur 341 · LES DIVISIONS CHEZ BOURDALOUE · texte numérisé non relu

LES DIVISIONS CHEZ BOURDALOUE

tion que je dois exercer. Que lui répondrais -je si je me désintéressais lâchement, ou si j'écoutais la voix de l'ambition et de l'intérêt plutôt que celle de la conscience?

Ainsi raisonnerait un père chrétien, se demandant à la fois ce dont il faut, s'abstenir et ce qu'il faut faire, et cherchant dans cet embarras et dans cette contradiction la mesure juste, la véritable notion de son devoir, Eh bien! en exposant ces réflexions du père chrétien, nous avons fait à peu près l'analyse du sermon de Bourdaloue. La division n'est donc pas ici un arrangement arbitraire ni un ingénieux artifice : c'est le plan le plus légitime, le plus vrai, le plus conforme au fond même des idées comme à l'objet du discours.

On le voit, c'est en creusant le sujet, en le décomposant par une réflexion attentive, que Bourdaloue établit la division. Mais ce travail, il n'en apporte pas tout de suite à ses auditeurs le résultat trouvé ; il semble prendre plaisir à le recommencer devant eux. On peut suivre l'efTort de la méthode, la contempler pour ainsi dire à l'œuvre, et, de même qu'on a vu le sujet naître du texte, on voit la division naître et comme sortir lentement du sujet. « C'est là ma proposition générale, dira Bourdaloue. Il faut seulement la réduire à quelques points particuliers et* la partager *. — Pour établir ma proposition et pour y observer quelque ordre, dira-t-il encore, je remarque qu'il y a dans nous deux choses, etc 2. » Cette manière de procéder offre un grand avantage : c'est que le partage du discours semble moins arbitraire; on en voit l'origine, la raison d'être ; on assiste à l'éclosion du germe. Mais, par contre, le labeur de la conception se fait trop sentir. Il faut souvent suivre une assez longue filière de raisonnements avant d'aboutir à une division d'abord confuse et indistincte,

i. Mystères. Serm. pour la fête du Satîit Sacrement, t. X, p. 346.

2. Premier Avent, le»" dim., sur le Jugement dernier, t I, p. 37. — V. encore la division du sermon sur r Oisiveté, Dominicales, t. V, p- 192, et celle du sermon sur r Assomption de la Vierge, Mystères, t.XI,p. 206.

qui ne s'éclaircit peu à peu et ne se précise qu'à force d*être reprise et remaniée. Encore arrive-t-il quelquefois que cette division même, en dépit de tous les remaniements, reste un peu indécise et enveloppée : l'auditeur ne se rend pas bien compte de ce qu'elle promet ; pour en comprendre toute la valeur et la portée, il a besoin d'entendre toute la suite du discours. Voici, par exemple, la division du sermon sur la Préparation à la mort,

« Saint Chrysostôme, donnant des règles de vie, et par ces règles de vie voulant disposer une âme chrétienne à la mort, fait particulièrement consister cette préparation en trois choses, savoir : la persuasion de la mort, la vigilance contre la mort, et la science pratique de la mort. Trois dispositions qui ont entre elles un enchaînement nécessaire, et qui vont d'abord partager ce discours : comprenez-en, s'il vous plaît, le dessein. Pour se préparer à mourir, dit ce saint docteur, il faut bien se persuader de la mort : première règle. Il faut sans cesse veiller contre les surprises de la mort : seconde règle. Enfin il faut se faire de la vie même, soit par la réflexion, soit par la pratique, un exercice continuel et comme un apprentissage de la mort : troisième règle. Or quel est, par rapport à nous, le sujet de la compassion du Fils de Dieu? Le voici, mes chers auditeurs : c'est que, craignant la mort au point que nous la craignons, nous vivons néanmoins dans une négligence entière et dans le plus profond oubli de la mort. Car nous craignons de mourir ; et cependant, quelque certaine et quelque prochaine même que soit la mort, nous ne sommes presque jamais persuadés qu'il faut mourir. Nous craignons de mourir : et cependant, quelque incertaine d'ailleurs et quelque trompeuse que soit la mort, nous prenons aussi peu de précaution que si nous étions pleinement instruits et du temps et de l'état où nous devons mourir. Enfin nous craignons de mourir, et cependant, malgré l'expérience journalière et si sensible que nous avons de la mort, nous n'apprenons jamais dans l'usage de la vie à mourir. Ces trois points demandent à être éclaircis, et c'est pour cela que j'ai besoin de votre attention *.

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