Causeries du lundi t t. IX, p
Bourdaloue a dit : ((Commençons, » comme pour donner le signal de la bataille, il place en avant un ou deux principes évidents pour la raison ou incontestables pour la foi. Ces principes, rapprochés de la proposition, forment déjà une première démonstration générale ; puis, après cette avantgarde, viennent les propositions particulières qui divisent, semblables à des corps d'armée, chacune avec son groupe d'arguments plus ou moins nombreux, diversement rangés, enchaînés et combinés selon les besoins, mais toujours distribués avec prévoyance et marchant avec discipline; puis enfin, s'il y a lieu, la réfutation, sorte de réserve, triomphe des dernières résistances et achève la victoire.
Telle est cette dialectique forte, savante, pleine de ressources, et en même temps infatigable, qui ne s'arrête qu'après avoir tout défini, tout éclairci, tout démontré, qui excelle à envelopper l'adversaire, aie presser, aie réduire. On comprend le mot que dit un jour Condé, au moment où Bourdaloue montait en chaire : (( Silence ! voici l'en nemi, » et cette autre parole échappée au maréchal de Grammont, lorsque, maîtrisé par l'irrésistible argumentation de Bourdaloue, il s'écria, comme un soldat vaincu qui rend les armes : (( Morbleu ! il a raison. »
Une éloquence comme celle dont nous venons d'analyser les procédés généraux ne comporte pas l'improvisation. La rigueur calculée de la méthode, l'ordonnance savante de la disposition, la continuité et l'enchaînement de la logique, tout suppose et rend nécessaire une préparation lente et complète. Cette structure compliquée et si bien aménagée ne s'expliquerait pas, si l'élaboration réfléchie du cabinet n'en avait agencé jusqu'aux moindres pièces. Bourdaloue ne fait pas difficulté de l'avouer. « Ne pensez pas, dit-il dès le début du second sermon sur r Annonciation de la Vierge^ que la grandeur de mon sujet