‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 61 sur 341 · BOURDALOUE RÉCITAIT DE MÉMOIRE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE RÉCITAIT DE MÉMOIRE

m'emporte trop loin, puisque autant qu'il est relevé, au- , tant me suis-je étudié à le traiter exactement * . » Bien loin de vouloir dissimuler la préparation antérieure, Bourdaloue s'en ferait plutôt un mérite.

Tel n'était pas, on le sait, le sentiment de Fénelon. Un long passage du second dialogue sur l'Éloquence est consacré à combattre la coutume de préparer en entier et d'apprendre par cœur les sermons. Il est vraisemblable que, dans l'esprit de Fénelon, cette critique s'adressait surtout à Bourdaloue. Quoi qu'il en soit, elle l'atteint plus que tout autre : il importe de la discuter brièvement 2.

Le grand inconvénient des discours appris par cœur, c'est, selon Fénelon, que le travail excessif de la mémoire empêche le prédicateur de toucher en excitant les passions, et, par là, d'atteindre le véritable but de l'éloquence, qui est de persuader. L'orateur qui ne débite pas de mémoire peut seul « trouver des expressions vives et pleines de mouvement; la chaleur même qui l'anime lui fait trouver des expressions et des figures qu'il n'aurait pu préparer dans son étude. » Seul aussi il pourra déployer une action libre et véhémente, modifier son discours selon les besoins du moment, et « proportionner les choses à l'impression qu'il voit qu'elles font sur l'auditeur. » En deux mots, l'orateur qui récite un sermon écrit à l'avance est nécessairement froid ; la chaleur et tous les moyens de persuader n'appartiennent qu'à l'autre.

On ne saurait méconnaître ce qu'un génie facile, prompt à l'enthousiasme et au pathétique, comme celui de Fénelon, peut gagner en sincérité d'accent, en émotion pénétrante, dans le feu de l'action, quand il s'abandonne à son cœur, quand l'inspiration l'entraîne et le transporte. Mais la différence des deux méthodes amènera-t-elle nécessairement entre deux prédicateurs dont l'un récite un discours pré-

1. Mystères, t. XI, p. 74. — Voir encore le Panégyrique de sainte Geneviève^ aa début,. t. XII, p. 156, » l'illustre et sainte patronne dont f ai fait le panégyrique. »

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