Voyez Dialogues sur C Éloquence^ dial. 11, p
paré, tandis que l'autre improvise, une contrariété aussi grande que le croit Fénelon? Il est permis d'en dduter. Remarquons d'abord que Fénelon lui-même demande une préparation très-sérieuse et poussée jusqu'au détail. Il veut que l'orateur « médite fortement tous les principes du sujet qu'il doit traiter et dans toute leur étendue, qu'il s'en fasse un ordre dans l'esprit, qu'il prépare les plus fortes expressions par lesquelles il veut rendre son sujet sensible, qu'il range toutes ses preuves, qu'il prépare un certain nombre de figures touchantes. Cet homme, ajoutet-il, sait sans doute tout ce qu'il doit dire, et la place où il doit mettre chaque chose; il ne lui reste pour l'exécution qu'à trouver les expressions communes qui doivent faire le corps du discours. » C'est bien réduire la part de Timprovisation, et si l'orateur doit préparer « les plus fortes expressions » et « les figures touchantes, » comment Fénelon peut-il prétendre ensuite que ce même orateur « ne trouve que dans la chaleur du discours des expressions vives et pleines de mouvement... des expressions et des figures qu'il n'aurait pu préparer dans son étude? » S'il doit à l'avance « ranger toutes ses preuves, savoir tout ce qu'il doit dire et la place où il doit mettre chaque chose, » comment pourra-t-il a proportionner les choses à l'impression qu'il voit qu'elles font sur l'auditeur, » et, suivant les besoins du discours, « remonter aux principes des vérités qu'il veut persuader, ou bien tâcher de guérir les passions qui empêchent ces vérités de faire impression ? » On surprend dans cette théorie ondoyante bien des contradictions, que l'interlocuteur B a la complaisance de ne point relever. Il se contente d'objecter qu'un homme s'anime dans son cabinet et peut y composer des discours très- vifs. Fénelon en convient de bonne grâce, et c'est ce qui rend le dissentiment beaucoup moins grave et moins fondé qu'il ne semble. L'imagination s'échauffe dans le travail du style, comme dans l'improvisation du discours. Quand Cicéron prit la défense de Milon, alors même que les forces militaires déployées par Pompée n'eussent pas intimidé son éloquence,