‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 67 sur 341 · EMPRUNTS AUX PÈRES ET AUX DOCTEURS · texte numérisé non relu

EMPRUNTS AUX PÈRES ET AUX DOCTEURS

Testaments, déjà portés par le caractère de leurs travaux et par l'exemple de leurs prédécesseurs à des recherches infinies d'interprétation, glissaient de plus en plus sur cette pente qui les conduisait aux quintessences d'un symbolisme aussi invraisemblable que pédantesque. Comme des musiciens épris de leur art jusqu'au dilettantisme (qu'on me permette cette comparaison profane), ils exécutèrent sur les textes sacrés de véritables variations.

Bourdaloue considère un peu trop les Écritures à travers ces commentaires et ces renchérissements successifs. De là des défauts de goût, des subtilités étranges, des interprétations figuratives qui transportent tous les détails matériels à l'ordre moral, et donnent un sens mystique et inattendu aux circonstances les plus indifférentes, à ce qu'il semble, des faits de l'histoire sacrée. Mais, Bourdaloue lui-même nous en avertit, toutes ces applications abusives des textes qu'il accepte quelquefois avec trop de complaisance, ces véritables jeux d'esprit, ingénieux sans doute, mais d'autant plus irritants, il n'en est presque jamais l'auteur responsable. Ainsi, c'est à saiiit Grégoire qu'il emprunte la bizarre interprétation qu'on va lire.

« Il ne sera pas temps, dit saint Grégoire pape, de se disposer au jugement de Dieu quand ces signes avant-coureurs de la venue du Fils de Thomme paraîtront, je ne dis pas dans le ciel ni sur la terre, mais dans nous-mêmes ; quand le soleil s'obscurcira, c'est-fi- dire quand notre raison sera dans le désordre et dans les ténèbres, où la présence et l'horreur de la mort ont coutume de la jeter : quand la lune s'éclipsera, c'està-dire quand notre volonté, marquée par l'inconstance de cet astre, sera affaiblie, et hors d'état de former aucune résolution ; quand les étoiles tomberont du firmament, c'est-à-dire quand nos sens seront troublés et que nous en aurons perdu l'usage ^ »

1. Carême. Jeudi de la 4« semaine. Sur la Préparation à la mort, 1« partie, t. H, p. 341.

Voici encore, à l'appui du précepte de Taumône, un texte qu'on n'attendait guère.

« Saint Ambroise fait une observation aussi vraie qu'elle est ingénieuse, quand il dit que cette facilité qu'a le riche d'expier ainsi les. désordres de sa vie nous est excellemment figurée par le miracle qu'opéra le Fils de Dieu dans la personne d'un malade dont parle saint *Luc. Il était paralytique d'une main, et Jésus-Christ ne fit autre chose que de lui commander d'étendre cette main, qui dans le moment même se trouva saine : Eœtende manum iuam, et restituta est. Le remède était aisé; mais ce qui fut alors un effet visible de la puissance du Sauveur est ce qui se passe tous les jours spirituellement et intérieurement dans la personne du riche ; car Dieu lui dit : Extende manum tuam, étendez, par un effet de charité, cette main si longtemps resserrée par une criminelle avarice, et vous sentirez la vertu de Dieu qui agira en vous. Étendez-la, et cette seule action sera le principe de la guérison de votre âme K »

« Que le feu de l'enfer, dira encore Bourdaloue après saint Augustin, nous serve à exciter dans nous un autre feu, et à y éteindre encore un troisième feu, c'est-à-dire qu'il excite dans nous le feu de la charité et qu'il y éteigne le feu de la cupidité^. »

Marie, après avoir conçu le Rédempteur, « peut dire avec l'Apôtre, mais bien plus justement que P Apôtre : Et gratta ejus in me vacua non fuit. Et cette grâce de mon Dieu n'a point été stérile en moi ^. »

Tous les outrages de Jésus-Christ dans sa passion sont les figures exactes des outrages dont nous le couvrons en péchant. Ainsi nous lui enfonçons les épines par nos désordres; nous lui donnons un sceptre de roseau quand nous nous soumettons à lui pour nous révolter bientôt :

1. Dominicales. 8® dimanche après la Pentecôte. Sur rAumôney 2o partie, t. VI, p. 255.

2. Carême. Vendredi de la 2^ semaine. Sur tEnfer, 2® partie, tome III, p. 57.

3. Myï^tères. Sur la Conception de la Vierge^ 2® partie, t. XI, p. 17.

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