ÉTRANGES ABUS D'EXÉGÈSE
nous lui mettons une robe d'écarlate quand nous le faisons rougir de nos fautes, a Ce n'est pas non plus sans mystère
qu'on le couvre d'un manteau de pourpre Était-il une
couleur plus sortable à un roi qui devait former son royaume sur la terre, et qui devait l'amplifier par Veffusion de son sang * ? »
Et ceci qui passe toute mesure : « La pourpre des Césars, dit saint Jérôme, s'était teinte de sang, mais du sang
des hommes qu'il avait versé Si elle éclatait, c'était du
feu brûlant de leur ambition, et si elle rougissait, c'était bien moins de sa propre couleur que de leurs vices. Leur pourpre les faisait donc redouter, poursuit ce saint docteur; mais la pourpre de Jé^us-Christ nous le fait à la fois respecter et aimer; car qui ne l'aimerait pas, voyant dans cette pourpre, avec les marques de sa royauté, les plus sensibles témoignages de sa charité ^. »
Toutes ces citations sont tirées des sermons proprement dits : on trouverait dans les panégyriques des exemples relativement plus nombreux, et plus bizarres encore. Ainsi saint Etienne, qui entre le premier dans la voie du martyre, rappelle Moïse entrant le premier dans la mer Rouge : l'explication de cette figure, c'est, selon les Pères, « que la voie du martyre devait faire, par l'effusion du sang^ comme une espèce de mer Rouge dans V Église ^. »
Saint Etienne est lapidé. « C'est bien ici, s'écrie Bourdaloue, que vous vérifiâtes à la lettre ces paroles du psaume : Posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso [Psalm. 20). Les Juifs accablaient Etienne de pierres, et vous vous serviez de ces pierres pour le couronner; ils lui en faisaient un supplice, et vous lui en faisiez un diadème d'honneur : leur cruauté semblait être de concert avec votre magnificence ; vous vouliez mettre sur sa tête
1. Exhortations. Sur le Couronnemeyit de Jésus-Christ^ 2® partie, l. IX, p. 82-85.