Ibid., p
3. Panégyriques. Se;7w, pour la fête de saint Etienne, 2® partie, t. XU. p. 113-114.
i20 L'ÉLOQUENCE
une couronne de pierres précieuses, et ils vous en fournissaient la matière : en effet, quelles pierres furent jamais plus précieuses que celles qui produisirent à TÉglise ce premier martyr de notre religion * ? »
Ces mêmes pierres inspirent à saint Fulgence une pensée, selon Bourdaloue, aussi solide qu'ingénieuse. «Saint Etienne, dit ce Père, comme premier martyr du christianisme, est une des pierres vivantes dont Jésus-Christ commence à bâtir son Église, et les Juifs, qui sont eux-mêmes des cœurs de pierre, frappant cette pierre mystérieuse, en font sortir les étincelles de la charité et de Tamour de Dieu ^. ))
Que de semblables écarts de goût eussent été applaudis des contemporains de Voiture et des précieuses, on ne s'en étonnerait pas. Mais n'est-il pas surprenant qu'un orateur du temps de Boileau, qu'un prédicateur solide et pratique, un écrivain correct et sobre comme était Bourdaloue, soit tombé dans ces défauts? Quand il suit dans cette voie les théologiens et les Pères, Bourdaloue manifestejment sort de sa nature. Ses vastes études ecclésiastiques le font quelquefois retomber dans des défauts que le dix-septième siècle avait cessé d'admirer, mais qu'il toléra toujoui*s dans la chaire, et qui retrouvaient même, de temps à autre, un retour de faveur. Venu après Bossuet, Bourdaloue renouvelle plus que lui ces abus d'interprétation symbolique contre lesquels M. de Bérulle et toute cette école de prédication, dont un savant critique nous a naguère raconté la naissance et les progrès % avaient sagement réagi. Par là, comme par l'excès de la dialectique, Bourdaloue, il est curieux de le remarquer, semble parfois renouer la chaîne interrompue avec les prédicateurs scolastiques des époques antérieures : à la différence que, chez ces derniers, les commentaires allégoriques remplaçaient l'enseignement utile
1. Panégyriques. Serm, pour la fête de saint Etienne, 2« partie, t. IX, p.- 115.