EXAMEN DES CRITIQUES DE FÉNELON
et vraiment chrétien, tandis que, chez Bourdaloue,cesont des détails, des accidents : la solidité de la doctrine n'y perd rien, et la gravité de la parole sainte n'en est pas diminuée. Nous savons cependant que ces défauts, quoique assez rares, ont rebuté plus d'un lecteur, même parmi les plus éclairés, et, par conséquent, expliquent dans une certaine mesure la tiédeur de quelques-uns de nos contemporains pour notre prédicateur. C'est pourquoi il était aussi nécessaire de les noter rapidement qu'il serait injuste d'y insister.
La principale conclusion que nous voulions tirer de tout ceci, c'est que Bourdaloue ne s'est pas, autant que Bossuet et Fénelon, abreuvé à ces eaux vives de l'Écriture sainte, qu'il n'en a pas reçu l'inspiration immédiate et pure. Il a retenu de l'étude des Pères les interprétations lumineuses et profondes, mais aussi les commentaires subtils et les applications de mauvais goût : il ne leur a pas dérobé ce sentiment de la grandeur biblique, si vif chez les Chrysostome et chez les Augustin, et qui perce à travers toutes les subtilités de l'exégèse. Chez Bourdaloue, comme chez tant d'autres, l'érudition et le commentaire ont étouffé le sentiment. On le regrette pour son éloquence. Peut-être une étude plus directe et mieux sentie de l'Écriture aurait donné à ses discours un peu plus de cette couleur et de cet éclat dont il est trop avare ; peut-être, selon l'expression de M. Sainte-Beuve, son ciel un peu triste et surbaissé s'enti-'ouvrirait plus souvent et laisserait passer plus de rayons *.
Il n'est pas douteux que Fénelon songe à Bourdaloue quand il écrit : « Son style est tout uni, il n'a aucune variété : d'un côté, rien de familier, d'insinuant et de populaire ; de l'autre, rien de vif, de figuré et de sublime : c'est