Causeries du lundis t. IX, p
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un cours réglé de paroles qui se pressent les unes les autres ; ce sont des déductions exactes, des raisonnements bien suivis et concluants, des portraits fidèles ; en un mot, c'est un homme qui parle en termes propres et qui dit des
choses très-sensées Il est très-capable de convaincre;
mais je ne connais guère de prédicateur qui persuade et qui touche moins, h) En deux mots, Fénelon refuse à Bourdaloue la variété qui plaît, et le pathétique qui émeut. Il voit en lui un prédicateur solide, convaincant et correct, mais monotone et ifroid. Telles sont les deux critiques dont il nous faut contrôler l'exactitude et mesurer la portée.
Ce que nous avons dit, soit de l'esprit général de la prédication chez Bourdaloue, soit de ses procédés de composition et de dialectique, fait assez pressentir que les critiques de Fénelon ne sont pas sans fondement. La rigueur exclusive de la méthode entraîne nécessairement Tuniformité de l'exécution. Gomment la forme changerait-elle, quand le fond ne change pas? Toujours Bourdaloue instruit, raisonne et prouve. Le ton est celui d'un maître qui enseigne ou d'un raisonneur qui argumente ; le style est le langage de l'enseignement et de la logique, clair, exact, précis, sûr et arrêté; rien n'est laissé dans le vague ; chaque mot est pris dans son sens propre et dans son étendue vraie. Ces qualités, Bourdaloue ne les perd jamais; les autres, il les atteint rarement. Il ne quitte pas les régions tempérées et moyennes, marchant d'un pas sûr, quelquefois rapide, sans jamais tomber, mais aussi sans prendre son essor vers les hautes cimes, et plus capable de conduire que de transporter. La teinte générale, un peu sombre et sévère, ne brille presque nulle part d'un éclat plus vif : aucune partie ne se détache et n'attire les yeux. Peu de métaphores ; peu de figures sensibles : parfois la comparaison qui éclaircit; rarement l'image qui colore : rien qui séduise et qui plaise.
Ces reproches, Bourdaloue ne les aurait-il pas consi-
1. Dinl. f!ur l'Eloquence, (liai, ii, édition Despois, p. 188.