‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 73 sur 341 · Premier Avent, 3« dim., t. I, p · texte numérisé non relu

Premier Avent, 3« dim., t. I, p

« Dites-moi, mes chers auditeurs, si Dieu vous avait envoyé un Jésus-Christ tout différent de celui que nous croyons ; c'està-dire s'il vous étai t venu du ciel un sauveur aussi favorable à la cupidité des hommes, que celui que nous adorons y est contraire; si, au lieu de vous annoncer, comme l'ange, que ce Messie est un sauveur pauvre et humble, né dans l'obscurité d'une étable, je vous assurais aujourd'hui que cela n'est pas, qu'on vous a trompés, que c'est un sauveur d'un caractère tout opposé; qu'il est né dans l'éclat et dans la pompe, dans la fortune, dans l'abondance, dans les aises et les plaisirs de la vie, et que ce sont là les moyens à quoi il a attaché votre salut, et sur quoi 11 a entrepris de fonder sa religion; si, par un renversement qui ne peut être, mais que nous pouvons nous figurer, la chose se trouvait ainsi, et que ce que j'appelle supposition fût une vérité, marquez moi ce que vous auriez à corriger dans vos sentiments et à réformer dans votre conduite pour vous accommoder à ce nouvel Évangile. Changeant de créance, sericz-vous obligés de changer de mœurs? Faudrait-il renoncer à ce que vous êtes, pour être dans l'état de perfection où ce sauveur vous voudrait alors? ou plutôt, sans rien changer à ce que vous êtes, ne vous trouveriez-vous pas alors de parfaits chrétiens, et n'auriez-vous pas de quoi vous féliciter d'un système de religion d'où dépendrait votre salut, et qui se rapfiorterait si bien à votre goût, à vos maximes, et à toutes les règles de vie que le monde vous prescrit? N'est-ce pas alors que je devrais vous dire : Ne craignez point; car voici au contraire un grand sujet de joie pour vous : Evangelizo vobis gaudium magnum (Luc, 1), Eh quoi? c'est qu'il vous est né un sauveur à votre gré et selon vos désirs, un sauveur commode, un sauveur suivant les principes duquel il vous sera permis de satisfaire vos passions; un sauveur qui, bien loin de les contredire, les approuvera, les autorisera : or, voyant un tel sauveur, consolezvous. Ne serais-je pas, dis-je, bien fondé à vous parler de la sorte ; et en mécoutant, ne vous diriez-vous pas à vous-mêmes, remplis d'une joie secrète : Voilà le Sauveur et le Dieu qu'il me fallait? Ah! chrétiens, je le confesse, dans ce nouveau système de religion, vous auriez droit de vous réjouir : mais vous êtes trop éclairés pour ne pas conclure de là que ce qui ferait alors voire consolation doit aujourd'hui vous saisir de frayeur *. »

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