BOURDALOUE ET BOSSUET
C'est ce que fait Bossuet avec une merveilleuse puissance. Que ce grand orateur, dans son sermon sur /a ifor^, enTisageant son sujet du point de vue le plus large et le plus haut, nous fasse voir dans notre mort l'explication de notre vie elle-même, tout à la fois la preuve de notre misère et !e fandemenide nos grandeurs ; ou queBourdaloue, délimitant son terrain, et tournant^ selon sa coutume, sa prédication à la pratique, nous démontre la salutaire influence de la Pensée de la Mort * sur nos passions, sur nos délibérations et sur nos actions : au fond, tous deux se proposent un but commun, qui est de faire pénétrer dans l'âme, et d'y graver, s'il se peut, cette pensée de la mort, si efficace et si nécessaire au chrétien. Mais pourquoi cette pensée est-elle aussi fugitive? Ne sommes-nous donc pas assez convaincus qu'il fautmourir? C'est que l'imagination, pour nous séduire, prête aux ombres d'ici-bas, aux objets présents et immédiats, une apparence mensongère et conmie des proportions excessives : alors notre esprit trompé ne songe plus au néant de toutes ces choses. C'est encore que la passion nous entraîne aux plaisirs qui passent et à toutes les jouissances de ce corps périssable. Ces distractions du monde, ces attraits de l'existence, ces illusions, ces désirs, ces fausses joies, ces ivresses trompeuses, enOn ces mille liens invisibles qui attachent l'homme à la terre et qui le retiennent captif dans cette prison du temps, le chrétien les retrouvera en sortant du temple : la vie, le présent, vont le ressaisir; les pensées de la mort et de l'éternité ne vont-elles pas s'effacer? Le profond génie de Bossuet sait tout cela, et il prodigue les images saisissantes, et il entraîne l'auditeur palpitant à travers toutes les émotions qu'il ressent lui-même dans ses entrailles d'homme. D ne craint pas de porter ses regards « au delà du terme fatal, » de considérer « la mort en face, » dans son horrible réalité. Il faut descendre avec lui dans la tombe, y voir notre cadavre, assister pour ainsi dire à notre propre