CONCLUSION DE LA Î>REMIÈRE PARTIE
erpétuellement la faute de confondre l'éloquence sacrée vec le genre académique.
Il faut regretter que les sermons de Mascaron soient erdus. Mascaron ne doit pas non plus être placé sur la lême ligne que Bourdaloue ou que Massillon : pour lui, )utef ois, l'honneur du rapprochement serait moins immété. Madame de Sévigné Ta loué plus que de raison, mais on pas sans raison. Outre les qualités extérieures de Toiteur, noblesse du maintien, sonorité de la voix, grâce et eauté du geste, il trouva plus d'une fois la force, la promdeur^ le mouvement, et même l'éclat. On détacherait e ses Oraisons funèbres des pages admirables. Mais il ne soutient pas, tombe ici dans Tenflure, là dans la subtile, et gâte ses plus heureuses inspirations par la recherche t le mauvais goût. Ce n'est qu'un orateur de second ordre, lais qui s'est élevé quelquefois à la hauteur des plus rands.
Ces prédicateurs, dont le moindre est encore fort auessus du médioct*e, sont trop souvent mal jugés parce u'ils sont mal connus. Il en est de même de Bourdaloiie* e crains moins pour lui les critiques injustes que l'indif- ^renCe dédaigneuse* On ne peut même accepter sans dé- Ce les éloges convenus et suspects que la critique littér aire veut bien jeter parfois, comme en passant, sur sa noire, Respectueuse encore pour son nom, à condition QC point lire ses œuvresi Le grave, le judicieux, lé sagd iourdaloue t Volontiers on le caractériserait pal* ées iilotsj j'ils étalent pris dans leUr sens favorable et flatteur, et tld Cachaient pas^ soiis d'apparents honinlagesi plus de dédain ÎQe d'estime. Solidité constante dé la peilsée, gravité soii- *nué dii langage, fécondité saris àmplificcition creuse ni împhase déclamatoire, sûreté dé niéthode, habileté de îcimposition et d'ordonnance, logique serrée, dialectique rigoureuse et convaincante, style correct, juste et ferme : ^ mérites ne sont pas les plus brillants sans doute, ^les plus capables d'éblouir; sont-ils donc si vulgaires et ^ peu enviables qu'on doive " les mépriser ? Et si nous
ajoutons à tout cela le mouvement continu, le soufQe, la force croissante, l'esprit insinuant, n'avons-nous pas le droit de dire qu'à ne parler que de l'éloquence, la part de Bourdaloue est encore assez belle et assez rare?
A Bourdaloue s'applique plus justement qu'à tout autre l'antique définition de l'orateur, qu'il répÂaît ff sonrenf à ses élève» de rhéCorique : Vir bonus dicendt peritus. Nul ne justifie mieux ce que cette définition a de vrai, de noble et d'élevé; nul ne fait mieux voir en quoi elle est incomplète et insuffisante. Homme de bien, ce beau titre semble trop faible encore pour le religieux irréprochable qui passa sa vie à servir, à enseigner, à diriger ses frères, et qui joignît à la probité païenne ce zèle des âmes et ces touchantes ambitions d'apôtre que les plus purs d^entre les anciens n'ont point soupçonnées. Aussi avaît-îl cette autorité du caractère et de la vertu qui est une des puissances de l'orateur, et dont, pour l'honneur de la morale, le talent, si haut qu'il soit, n'a jamais pu tout à fait se passer. L'art de la parole, l'habileté proprement dite, qui l'a poussée plus loin que Bourdaloue ? Tout dans ses discours est réfléchi, calculé; tout révèle une méthode savante, une expérience consommée. Et pourtant il n'a pas, à proprement parler, le génie, la flamme spontanée et communicative, le don indéfinissable, caractère de la haute éloquence, rare privilège de quelques grands orateurs, et qui élève les Bossuet encore bien au-dessus des Bourdaloue. Mais, comme l'a dit Cicéron, il n'y a pas place seulement pour un Homère ou pour un Sophocle dans la poésie, pour un Platon dans la philosophie; et c'est déjà un grand honneur, en poursuivant la première place, de s'arrêter &la seconde : Prima enim sequentem honestum est in secundf^ consistere \