Gandar. Étude sur les sermons de Bossuet
m LA DOCTRINE
nent spécialement à ses auditeurs, et qu'il propose à leur imitation. Dès lors Téloge n'est plus que Toccasion du discours ; l'instruction morale en est le vrai but. Traité par Bourdaloue, le panégyrique cesse d'appartenir au genre démonstratif; il devient une autre forme du sennon *. Ainsi la douceur évangélique de saint François de Sales « fera le sujet, non-seulement de son panégyrique, nous dit Bourdaloue, mais de votre instruction et de la mienne ; car à Dieu ne plaise que je sépare l'un de l'autre, oîi que je prétende aujourd'hui louer ce saint évêque uniquement pour le louer et pour l'élever l ! » Parle-t-il des plus grands saints du christianisme, d'un saint Pierre ou d'un saint Paul, Bourdaloue ne cherche pas seulement à rendre raison de l'éclat particulier dont ils brillent parmi la multitude des béatifiés : qu'importe qu'on les admire, si on ne sait pas tirer de leur vie quelques leçons pratiques et quelques applications précises ? « Il ne s'agit pas aujourd'hui de parler des grandeurs de saint Pierre, mais de ses vertus; il ne s'agit pas de ce que nous devons admirer, mais de ce que nous devons imiter en lui \ » — « Ne considérez pas ce discours comme un simple éloge qui se termine à vous donner une haute estime de saint Paul... C'est un discours de religion ; c'est une règle pour former nos mœurs; c'est un exemple que Dieu nous propose, et qu'il veut que nous nous appliquions *. »
Bourdaloue, nous l'avons dit, emprunte souvent des plans ou des parties de plans aux panégyriques du P. Senault. Mais ces plans, il les modifie toujours dans le sens moral et pratique, et lorsque le P. Senault s'est borné au rôle de pur panégyriste, quand du plan qu'il a choisi aucun enseignement direct ne se dégage, alors Bourdaloue ne lui demande rien. On ne peut, par exemple, apercevoir
* i. Le titre même de Panégyriques est impropre. Chaque discours est intitulé : Sennon pour la fête de saint...