‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 10 sur 323 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

se félicitait d'avoir travaillé à la prospérité d'une grande maison qui lui paraissait avoir excellemment compris les besoins du temps par la conciliation de l'enseignement universitaire avec l'éducation chrétienne. A. Feugère tenait beaucoup du moins à ne se séparer de ses élèves qu'au moment même de l'ouverture des vacances. Le jeudi 26 juillet il tomba subitement malade. On crut d'abord à une douloureuse, mais passagère indisposition amenée par un excès de travail. On ne tarda pas à reconnaître la gravité réelle d'un mal obscur et tenace. Une péritonite aiguë se déclara. A. Feugère comprit aussitôt l'étendue du danger et il le regarda en face avec la fermeté tranquille de sa foi. Ce fut lui qui le premier écarta résolument les illusions dont voulaient l'entretenir ceux qui l'entouraient, parce qu'ils s'y rattachaient eux-mêmes avec une espérance passionnée. Lui-même, avec une douceur infinie, avec une présence d'esprit qui n'eut pas l'ombre d'une défaillance, il demanda les derniers sacrements,, il consola tendrement sa jeune femme, il bénit l'aîné de ses fils et le berceau, placé près de son lit de mourant, déjà prêt pour le second de ses fils qui allait naître. La cruelle réalité ne pouvait plus être ni écartée ni reculée. Dieu demandait aux uns et aux autres le témoignage héroïque de leur foi par l'acceptation des sacrifices suprêmes. Le soir du 2 août 1877, A. Feugère rendait le dernier soupir dans les bras de sa femme,, pendant que son père récitait les prières des agonisants, conduisant jusqu'au seuil de l'éternité et remettant luimême à Dieu, aussi pure qu'il l'avait reçue, cette àme que Dieu lui avait confiée.

Notre raison doit s'incliner devant les mystérieux, secrets de ces grandes épreuves et de ces surprises accablantes. Peut-être même une certaine réserve semblerait-elle devoir s'imposer à ces souvenirs intimes^

Page 1