‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 104 sur 323 · DOGME ET MORALE INSÉPARABLES · texte numérisé non relu

DOGME ET MORALE INSÉPARABLES

façon à les rapprocher, à les unir, à les confondre. Toujours sou œil pénétrant de moraliste démêle au sein même du mystère une leçon pratique, et jamais il ne rappelle aux hommes ce qu'il faut croire sans leur enseigner du même coup ce qu'il faut faire.

Doit-on penser avec M. Nisard * que cette prédominance de la morale sur le dogme, qu'il a si justement relevée chez Bourdaloue, soit un premier affaiblissemeut du sermon, un premier pas vers la décadence? Nous ne saurions aller aussi loin. Ce serait une erreur de croire que Bourdaloue conduise naturellement à Massillon et aux prédicateurs du dix-huitième siècle. Ne prenons pas le change sur ce point important. Rarement, il est vrai, dans les sermons de Bourdaloue, le dogme est prêché d'une manière explicite; mais, s'il occupe moins d'espace, au fond sa part n'est pas moindre : il est toujours invisible et présent. La morale, chez Bourdaloue, n'est nullement séparée du dogme ; elle s'appuie toujours sur lui ; elle le suppose et l'implique. C'est la seule partie de la religion qui se détache devant les yeux ; c'est l'édifice qui sort de terre ; mais on n'oublie pas un seul instant que cet édifice repose dans toutes ses parties sur un fondement unique et inébranlable, et que ce fondement, c'est le dogme catholique. Massillon, le premier, a isolé la morale du dogme, de telle façon qu'elle semble reposer sur elle-même, et souvent se rapproche beaucoup de la morale purement humaine. Massillon est déjà un de ceux qui, selon l'expression du cardinal Maury, « sécularisent la religion. » Il arrive qu'on lise plusieurs pages de l'auteur du Petit Carême sans que rien, excepté quelques citations de l'Écriture et des Pères, avertisse qu'on a sous les yeux l'œuvre d'un

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