Histoire de la Littérature française, t. IV, p
prédicateur chrétien; on croirait lire quelque traité philosophique et profane. Il n'est pas une page, chez Bourdaloue, où l'on puisse s'y tromper : sa parole conserve toujours cette forte saveur chrétienne qui s'affaiblit dans la prédication de l'évêque de Glermont. Il ne laisse pas croire qu'il y ait de probité sans religion, pas plus que de religion véritable sans probité : c'est le sujet d'un de ses plus beaux discours *. Quand il combat l'orgueil humain, ce n'est point par des lieux communs philosophiques; c'est par l'exemple de son Dieu volontairement humilié dans son incarnation. « Oubliez, chrétiens, tous les autres motifs dont on s'est servi pour vous donner horreur de ce péché ; comptez pour rien tout ce qu'on vous a fait entendre de l'injustice de l'orgueil, de son indignité, de sa vanité, de ses extravagances pitoyables, de ses honteux emportements, de ses aveuglements grossiers, de ses insupportables présomptions, de ses ridicules fiertés, de ses basses et odieuses jalousies. C'étaient des raisons fortes et pressantes, mais encore trop humaines : il en fallait une, prise de la sainteté même du christianisme, et dont nous ne pussions nous défendre sans renoncer à notre foi ^. » Telle est la morale de Bourdaloue, toujours soutenue par le dogme et inséparable de « )a sainteté du christianisme ».
Si Bourdaloue consacre surtout sa prédication à la morale, il n'en est pas moins théologien. Nul, parmi ceux qui ont principalement prêché le dogme, ne le fut davantage ; je n'excepte pas même Bossuet. Sur chaque matière, Bourdaloue remonte aux principes de la théologie, pour en dégager la leçon de morale qu'il veut donner aux fidèles. C'est fort souvent au cœur même de la théologie qu'il trouve le germe de ses plans les plus ingénieux et de ses plus heureuses conceptions. Une double réflexion de saint Augustin lui fournit l'idée générale du sermon sur la Sé-
i. Carême. Jeudi do la 3" semaine, t. III, p. lo9.
2. Mystères. 1" sermon sur l'Annonciation de la Viej'oe, 1" partie, t. XI, p. SI.